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histoire du mouvement janséniste

soixante lettres inédites qu’il écrivit en 1664 et 1665 pour stimuler les défenseurs de Port-Royal[1].

À ces amis fidèles et intrépides il s’en joignit d’autres, et notamment les évêques d’Angers, de Beauvais et d’Aleth, dont il va falloir étudier le rôle ; Péréfixe, désespérant de rompre un faisceau d’une si grande force, capitula au milieu de l’année 1665, mais sournoisement, comme pouvait le faire un second du Père Annat, et en s’efforçant de faire aux ennemis du confesseur tout le mal dont il était capable. Au lieu d’enlever de nouvelles sœurs, car il en était d’elles comme du rameau d’or de Virgile :


Uno avulso, non deficit alter
Aureus, et simili frondescit virga metallo,


il imagina de ramener toutes les exilées, de rassembler en un même lieu les quatre-vingts opposantes et de les incarcérer toutes, sous la surveillance d’un corps de garde, dans le monastère des Champs, qu’il savait être très malsain. Ainsi fut fait, et tout le monde connaît l’histoire de cette odieuse persécution qui dura plus de trois ans. Ce fut une captivité aussi étroite que si les pauvres religieuses avaient été enfermées à la Bastille ; elles ne pouvaient même pas prendre l’air dans leur jardin. Elles étaient privées de sacrements à la vie et la mort, et on leur refusait la sépulture ecclésiastique. Défense de chanter l’office capitulaire ; toutes les privations, toutes les humiliations, toutes les vexations. Mais on eut beau faire, on ne put empêcher Claude de Sainte-Marthe de grimper

  1. Cf. Revue hebdomadaire, 8 août 1908. — La lettre qui a réduit Racine au silence a été publiée par M. Paul Mesnard en 1872 à la fin de son édition complète de Racine (Coll. des grands écrivains de la France).