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histoire du mouvement janséniste

la mort enlevait à tout moment des religieuses et des amis, et on savait bien qu’il serait impossible de les remplacer ; c’est en cela, et en cela seul, que se marquait, n’en déplaise à Sainte-Beuve, l’irrémédiable décadence de Port-Royal.

Ici devrait peut-être trouver place la touchante histoire des Filles de l’Enfance, histoire qu’Arnauld avait esquissée en 1688 et qu’un magistrat contemporain[1] a reprise en 1900 sous le titre de Port-Royal à Toulouse. La congrégation des Filles de l’Enfance avait été érigée à Toulouse par Mme de Mondonville. Approuvée par Alexandre VII et par dix-huit évêques, et finalement autorisée par le roi, elle semblait pouvoir travailler en paix à l’instruction des jeunes filles pauvres. Mais les Jésuites, qui voyaient là une sorte de succursale de Port-Royal, s’appliquèrent à détruire l’Institut naissant. Ils y parvinrent, la Congrégation fut abolie en 1686 ; ses jeunes filles furent enlevées comme de simples pensionnaires de Port-Royal ; sa maison fut rasée, et Mme de Mondonville mourut exilée à Coutances en 1704.

Antoine Arnauld, plus menacé que tous les autres par la persécution de 1679, avait pris le parti de quitter Paris et même la France pour se retirer à l’étranger, en Belgique. Il y vécut encore quinze ans, jusqu’au 8 août 1694, plus laborieux, plus actif, plus ardent que jamais quand il s’agissait de défendre la vérité, toujours essentiellement catholique, royaliste et français, avec les qualités charmantes qui l’avaient toujours distingué, une simplicité d’enfant, une bonté exquise et une très grande modération de fond et de

  1. Port-Royal à Toulouse, discours de rentrée prononcé par M. Il. Jaudon, avocat général (1900).