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histoire du mouvement janséniste

dit Racine, la rage des Jésuites avait anéanti Port-Royal jusque dans ses fondements.

La destruction d’une abbaye si célèbre ne fut point considérée sous Louis XIV comme un des grands événements de l’histoire de France ; elle ne souleva aucune protestation, pas plus que les dragonnades et la démolition du prêche de Charenton. Ceux qui auraient pu témoigner leur indignation étaient morts ou prisonniers, ou fugitifs, ou réduits à l’impuissance. On ne citerait guère que des particuliers, comme Duguet, Quesnel, Bollin, Louail, l’abbé d’Étemare, et quelques amis comme Saint-Simon qui se réservait de parler à son heure. C’est à des femmes que revient l’honneur de s’être déclarées courageusement en faveur des victimes. Madeleine de Boulogne, une femme peintre, qui mourut en 1710, employa ses derniers jours à représenter d’une manière à la fois savante et naïve les différentes parties du monastère ; et le burin de Madeleine Hortemels a reproduit ses belles gouaches ; on a ainsi un précieux album dont les quinze planches font parfaitement connaître le Port-Royal de 1709. Cet album fut saisi comme séditieux, mais d’Argenson ne tarda pas à le rendre et il put être mis en vente. Marguerite de Joncoux, une amie particulièrement dévouée, se signala durant les derniers jours de Port-Royal. Elle avait ses entrées chez le cardinal de Noailles et chez le marquis d’Argenson ; elle correspondit secrètement avec la Mère du Mesnil et elle lui prodigua ses consolations ; elle vint au secours des religieuses qui étaient dans le dénuement, et elle déclara fièrement à Noailles qu’elle n’hésiterait pas à vendre son cotillon pour secourir Port-Royal. Enfin, elle réussit à se faire remettre par d’Argenson une grande partie des manuscrits de Port-Royal. Grâce à elle, il en subsiste