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histoire du mouvement janséniste

en disant que ce sont deux anneaux d’une même chaîne. Comment ces anneaux se rejoignent-ils ? C’est le secret de Dieu, et Bossuet s’écrie : O altitudo, ô profondeur, et il propose au chrétien d’adorer, de se taire, et surtout de croire qu’il y a là deux vérités également importantes.

Si l’on n’est pas assez humble pour prendre ce parti, il faut se déclarer nettement pour ou contre l’omnipotence de Dieu, et revendiquer ou abandonner la pleine indépendance de l’homme ; c’est ce qu’ont fait successivement, après les calvinistes du XVIe siècle, qui ont nié le libre arbitre, les molinistes et leurs adversaires. Les molinistes ont déclaré que, s’il fallait absolument faire un choix, ils se résigneraient à limiter la toute-puissance de Dieu[1], et les autres ont répondu : « Non pas, c’est la pauvre liberté de l’homme que nous sacrifierions sans hésiter ; mais il n’y a pas lieu de le faire, car la Sagesse et la Bonté infinies ont assuré la coexistence de l’omnipotence de Dieu et du libre arbitre de l’homme. » C’est l’orgueil qui faisait parler Pélage, Molina et leurs sectateurs ; c’est l’humilité qui a fait parler saint Paul, saint Augustin, saint Bernard, saint Thomas et avec eux l’Église romaine tout entière.

Il faut bien reconnaître en effet que toute la liturgie catholique proclame hautement le souverain empire de Dieu sur nos volontés, et qu’elle n’a pas un chant, pas une prière ancienne ou moderne, pas une antienne qui favorise le molinisme. Quand on chante dans la collecte du jour de Pâques : vota nostra, quœ prœveniendo aspiras, etiam adjuvando prosequere : nos


  1. En 1723, six évêques français, réfutant le cardinal de Bissy, disaient à propos des théories de Molina : « La grâce n’est plus un don gratuit, c’est un tribut que Dieu paye régulièrement à la créature, et le démon en règle le tarif. » Fourquevaux, Catéch. hist…II, 304.