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chapitre xiv

de son acceptation si étrange et si suspecte de 1729, et il mourut en 1730 sans avoir pacifié l’Église, et même après avoir compliqué l’affaire déjà si embrouillée de la Bulle Unigenitus. C’était fatal, étant données les maximes de la papauté ; si Benoît XIII avait désavoué Clément XI, c’en était fait à tout jamais de l’infaillibilité des papes, on jugeait à Rome qu’il valait mieux lui sacrifier l’infaillibilité de l’Église, comme les molinistes sacrifiaient la toute-puissance de Dieu au libre arbitre de l’homme.

L’histoire de Benoît XIII nous a entraînés un peu loin ; il faut revenir de quelques années en arrière et considérer ce qui se passait en France relativement à la Bulle. L’accommodement de 1720 n’avait rien accommodé du tout ; la preuve en est que nous venons de voir Noailles négocier avec le pape, en 1724, pour tâcher de faire recevoir la Bulle au moyen des douze articles. Une nouvelle preuve de cet échec, c’est que les Constitutionnaires aux abois crurent devoir reprendre dans les arsenaux du Vatican de vieilles armes rouillées dont on ne se servait plus ; ils eurent recours au Formulaire de l’Assemblée de 1655, adopté dix ans plus tard par Alexandre VII. Il était tombé en désuétude et l’on n’osait plus exiger les signatures qui avaient si profondément troublé l’Église de France. Or, en 1722, le 11 juillet, la Cour enjoignit à tous les évêques et à toutes les universités d’exiger la signature du Formulaire de ceux qu’on admettrait aux ordres et aux degrés. Le Formulaire était appelé au secours de la Bulle en détresse ; on ne pouvait plus se contenter de condamner Quesnel, il fallait en même temps anathématiser Jansénius ; l’histoire de la Bulle était rattachée d’une manière plus étroite que jamais à l’histoire de Port-Royal.