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chapitre xv

et par une communion fervente. Le lundi 29 juillet il se rendit en carrosse à Versailles, et trois estampes du temps le représentent remettant son livre à Louis XV, niais elles sont inexactes ; voici d’après Montgeron lui-même[1] comment les choses se sont passées. Il était venu à Versailles au petit bonheur, sans savoir comment il pourrait parler au roi, mais une convulsionnaire lui avait prédit qu’il y parviendrait. Il pénétra dans le château et gravit l’escalier sans difficultés. On lui dit que le roi dînait dans sa chambre, à son petit couvert. Il se colla contre la porte, le dos tourné pour n’être pas remarqué, et, il fit intérieurement une prière fervente. Un grand seigneur, un cordon bleu, lui demanda ce qu’il faisait là, et sur sa bonne mine, sans plus de cérémonie, il lui ouvrit la porte, dont il avait la clef. Dès que Louis XV se fut levé de table, Montgeron alla vers lui, se mit à genoux et lui présenta son livre en récitant un petit discours qu’il avait appris par cœur. Le roi écouta le discours « avec attention », prit le livre « avec un air fort gracieux » et le fit remettre aussitôt au cardinal Fleury[2]. Ensuite Montgeron se retira au milieu des courtisans ébahis qui ne lui dirent pas un mot, comme le lui avait prédit la convulsionnaire, il ouvrit la porte, passa tranquillement au milieu des gardes et remonta dans son carrosse en

  1. La vérité des miracles… tome III, p. 347.
  2. En écrivant ces lignes, j’ai sous les yeux l’exemplaire même qui fut remis à Louis XV par Montgeron ; c’est un des chefs-d’œuvre de la reliure française, et les gravures de Restout sont de toute fraîcheur. Ce beau volume avait été légué par Fleury à l’évêque de Chartres, son neveu. Lorsque ce dernier mourut, en 1783, on vendit ses livres, et le libraire qui les avait achetés revendit le volume en question, pour la somme de trois livres douze sous, à Louis Adrien Le Paige. C’est parmi les livres de Le Paige qu’il se trouve encore aujourd’hui.