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histoire du mouvement janséniste

il ne lui laissa de liberté que celle de communier tous les dimanches dans la chapelle du château. Montgeron vieillit dans cette prison sans proférer une plainte ; il y travailla beaucoup, car il lui fut donné de publier en 1741 et en 1747 à l’étranger, cela va sans dire, la deuxième et la troisième parties de son grand ouvrage. Ces deux derniers volumes sont aussi richement documentés que le premier, avec des gravures aussi belles, et même avec une grande planche reproduisant d’après nature des scènes de convulsions bien troublantes. Montgeron mourut saintement en 1754, dans la citadelle de Valence, à l’âge de soixante-deux ans, après dix-sept années d’une captivité quelquefois très dure, et on l’enterra dans le cimetière des pauvres[1].

Le premier volume de la Vérité des miracles est de beaucoup le plus important des trois, et le plus intéressant. Il est consacré à la démonstration juridique de huit guérisons réputées miraculeuses, et on voit en le lisant que Montgeron magistrat devait avoir des qualités de premier ordre ; il eût été de nos jours un admirable juge d’instruction. J’ai vu des médecins très savants étudier de près les rapports médicaux qui sont transcrits dans son livre, notamment pour les guérisons Palacios et Thibault ; ils ont déclaré que l’on était en présence de faits très bien établis et absolument inexplicables. Le premier volume de Carré de Montgeron a donc une grande valeur ; et l’histoire impartiale est obligée d’en tenir compte. Les contemporains faisaient moins de cas des deux autres, et la postérité est de leur avis, parce que l’auteur a relégué

  1. On lui a consacré en 1755 un éloge funèbre historique et poétique dont l’auteur est inconnu. — Valence, 48 p. in-4. Ce poème en sept chants n’est pas un chef-d’œuvre, mais il n’est pas aussi nul que l’ensemble des poésies jansénistes du xviiie siècle.