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histoire du mouvement janséniste

Hermant, « comme un oracle du Saint-Esprit[1] ». C’est par lui que furent envoyés en Flandre un certain nombre d’oratoriens qui s’abouchèrent, grâce à l’entremise de Saint-Cyran, avec l’archevêque de Malines, Jacques Boonen, avec l’Université de Louvain, et avec Jansénius, que le P. Bourgoing appelait alors « son intime ami[2] ». Ils furent très bien accueillis, et l’Oratoire ouvrit dans ces régions, une douzaine de maisons qui eurent avec les Jésuites de longs démêlés. Si donc Bérulle n’était pas mort en 1629, à l’âge de cinquante-quatre ans, il aurait été englobé avec ses amis Saint-Cyran et Jansénius dans les affaires du jansénisme, et les Carmélites, ces femmelettes, mulierculas, qu’on l’accusait de pervertir et de conduire aux abîmes, auraient connu, tout comme les religieuses de Port-Royal, les effets de leur animosité. On verra, dans la suite de ces études, qu’elles les ont connus au XVIIIe siècle parce qu’elles avaient conservé l’esprit de leur saint directeur.

Le P. de Condren, successeur immédiat de Bérulle, était dans les mêmes sentiments que son prédécesseur ; il disait comme lui que les Jésuites finiraient par occasionner un schisme dans l’Église, et, comme lui, il fut grand ami de Saint-Cyran et de Jansénius. Mais en 1638, quand il vit l’un des siens, le P. Séguenot, poursuivi avec acharnement par Richelieu, il prit peur, et il eut la faiblesse de dénoncer Saint-Cyran comme étant, ce qui était faux, l’inspirateur probable du P. Séguenot. Les conséquences de cette délation furent désastreuses, car Séguenot fut incarcéré à la Bastille et Duvergier de Hauranne à Vincennes. Le célèbre abbé


  1. I, 66.
  2. Lettre du 17 mars 1628 (Pinthereau, p. 139).