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histoire du mouvement janséniste

Augustin, celui dont la lecture a été particulièrement désagréable aux consulteurs molinistes, établissait « l’empire de la Majesté suprême sur les volontés des hommes comme sur toutes les choses qui sont sous le ciel[1] ». Si donc les congrégations de Auxiliis avaient pu aboutir en 1607, saint Augustin serait pour ainsi dire sorti de sa tombe pour accabler le nouveau Pélage, et la vérité aurait définitivement triomphé de l’erreur. Ce que Paul V n’a pas fait, Jansénius a cru devoir le faire, et dès lors le professeur de Louvain s’est vu dans la nécessité de recourir à saint Augustin.

Sainte-Beuve n’a donc pas eu raison de dire dans une de ces notes qu’il rédigeait parfois pour se déjanséniser et pour complaire à certains de ses lecteurs[2], que le jansénisme est né avec un boulet au pied, et que ce boulet n’est autre chose que saint Augustin. C’est le molinisme qui dès sa naissance a traîné ce boulet, mais à la façon des forçats dans les bagnes. Il se vantait d’introduire dans l’Église une doctrine absolument nouvelle, en contradiction complète avec les théories de saint Augustin, adoptées sans conteste depuis douze cents ans et confirmées en dernier lien par le concile de Trente. Il était donc nécessaire, quand on prétendait réfuter Molina, d’invoquer sans cesse, comme l’avait fait Clément VIII, l’autorité de saint Augustin, et n’en déplaise à Sainte-Beuve, ce n’est pas

  1. Le pape prenait saint Augustin pour guide et pour chef, et cela, disait-il pour trois raisons dont voici la dernière : « Plusieurs des papes qui m’ont précédé ayant soutenu avec tant de vigueur et protégé avec tant de zèle la doctrine de saint Augustin pour la grâce qu’ils ont voulu qu’elle demeurât dans l’Église comme par droit de succession, il n’est pas juste qu’elle soit privée de ce bien héréditaire qu’elle a reçu de la main des papes mes prédécesseurs. » Procès Verbal de l’édition de 1662.
  2. Port-Royal, I, 294.