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chapitre III

giaire ou Bouffon, et enfin l’Augustinus est désigné, sous les noms de Pilmot, Cumar ou Comir. Jansénius s’amuse ainsi à faire des logogriphes ; voir dans sa correspondance la preuve d’un « dessein formé de longue main contre l’Église et contre la religion » c’est pure insanité, cela ne fait pas honneur à l’intelligence du Père Pinthereau.

Ce qui fait le principal intérêt de ces lettres, surtout si on les lit dans l’édition de Gerberon, c’est l’histoire de Pilmot, c’est à dire de l’Augustinus. Jansénius n’y songeait même pas avant 1620 ; jusque là il avait lu saint Augustin sans yeux, il l’avait ouï sans l’entendre ; il ne faisait pas de différence entre lui et les autres Pères. Mais à dater du mois d’octobre 1620, tout change, et Jansénius, dans une lettre, signée de son nom, fait part à son ami, sans déguisement aucun, d’un revirement que ce dernier ne soupçonnait pas. Après avoir parlé à son correspondant de ses deux neveux d’Arguibel et Barcos, qui « hantent » les jésuites de Louvain et qui paraissent songer à se faire jésuites, il ajoute : « Quant à moi, j’emploie le temps qui me reste de la leçon que je fais sur l’Écriture, à saint Augustin, que j’aime uniquement, me semblant qu’il n’y a rien entre les anciens ou modernes qui en approche de cent lieues, et tant plus le lis-je, tant plus beau je le trouve…. » Pinthereau a tronqué ici la citation, et c’est dommage, car Jansénius était en verve. Du moins il n’a pas supprimé cet autre passage de la lettre XVI (5 mars 1621) « Je fais état de le lire et relire toute ma vie. Je ne saurais dire comme je suis changé d’opinion et de jugement que je faisais auparavant de lui et des autres ; et m’étonne tous les jours davantage de la hauteur et profondeur de cet esprit, et que sa doctrine est si peu connue parmi les savants, non de ce