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chapitre v

plus prudent de ne pas renouveler l’expérience, et c’est pour cela sans doute que Cornet et ses associés prirent le parti d’en fabriquer eux-mêmes, sauf à les imputer ensuite à Jansénius sans vérification possible. Cette façon de procéder est néanmoins étrange, car elle implique un défi au sens commun et un mépris du public dont rien ne donne l’idée. Comment enfin Cornet et ses associés sont-ils parvenus à résumer, à condenser en cinq petites phrases la doctrine de trois gros in-folio ? Cela supposerait chez ces théologiens un esprit d’analyse et de synthèse d’une singulière puissance. Mais il n’y a pas lieu d’attribuer à Cornet, qui n’était nullement un grand homme, une semblable ingéniosité. Il n’a pas dit le ier juillet 1649 que les propositions fussent la quintessence de l’Augustinus ; il les a présentées comme recueillies dans les thèses de licence et de doctorat au hasard d’une simple lecture. C’est plus tard, après les avoir fait condamner, qu’il se réservait d’en attribuer la paternité à un auteur déterminé. Peut-être ne se tromperait-on pas si l’on disait que les cinq propositions ont été fabriquées avec une extrême facilité, sans que les fabricateurs eussent besoin d’avoir le livre de Jansénius. Cornet et ses associés avaient sous les yeux les trente et une propositions de Lessius et d’Hamelius censurées à Louvain en 1587, et les quarante deux propositions de Molina, condamnées en 1608 par la bulle inédite de Paul V. Ils prirent tout simplement le contre-pied de ces soixante-treize propositions, et ils obtinrent sans peine les sept petites phrases qu’ils réduisirent eux-mêmes à cinq ; voilà sans doute le secret de cette grande opération.

Mais la Sorbonne ne se prêta pas alors aux machinations de son syndic ; elle n’était pas encore assez