Page:Geniaux - Les Ames en peine.djvu/48

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seuls sur le noir et rocailleux Toulinguet ils se considérèrent quelques instants d’un air hagard.

Puis ils reportèrent leurs regards vers le large. Sur l’Atlantique embrumée un halo immense diluait le soleil automnal. Vers la passe de Ploudaniou, quelques voiles jaunes glissaient vers la haute mer.

— Le « Grèbe » ! le « Grèbe » ! demandait Maharit. Où est-il passé ?

Ils le cherchèrent en vain avec des regards anxieux. Le navire fantôme s’était évaporé et peut-être n’avait-il jamais eu que la valeur d’un rêve.


X

LES FEUX DE COULEUR


Ce samedi soir de décembre, la nuit précoce était déjà venue, et le grand Gurval n’était pas rentré.

— Oh ! bonne Vierge, lui serait-il arrivé malheur, se plaignait déjà la corpulente Mme Lanvern, lorsqu’un corps gigantesque domina l’assemblée de cette trentaine d’adultes et d’enfants entassés.

— Vive Dieu ! je suis encore d’attaque, la mère. Et regarde ce que je t’apporte ! Un plein panier de bernicles dont tu vas nous faire un ragoût bien nourri d’oignons et de poivre. Allons ! Hardi ! Secouez-moi cette brassée d’ajoncs. Et puis quand il en manquera, nous irons marauder au bois de Coat-Bihan. Tant pis pour les paysans ! Pas vrai, les gars ?

Deux nouveaux arrivants se présentaient à l’entrée de la pièce.

— Nous fera-t-on une petite place ? réclamèrent-ils en grimaçant de leurs lèvres rasées pour se rendre aimables.

— Allons, Norma, Anne, poussez ces gamins hors du banc. Mes matelots Goulaouen et Nédélec ont droit au foyer chez moi.