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ESCAL-VIGOR

taude en voulait-elle de plus en plus à l’intendante, à cette pimpesouée. Tout aussi réservé qu’avec Bomberg, Landrillon n’avait garde de mettre déjà la véhémente paysanne sur la véritable piste. « Ah nous en verrons de drôles le jour où la Claudie saura toute la vérité ! Y en aura-t-il de la casse ! » songeait le trigaud en se frottant les mains et en riant sous cape.

Il jubilait à l’avance, savourait, recuisait sa vengeance, aiguisait voluptueusement l’arme décisive, la repassant sur la pierre, ne voulant frapper qu’à coup sûr et en toute sécurité pour lui.

Claudie, pourtant, ne renonçait point à son grand projet. Elle conquerrait Kehlmark sur sa pâle rivale.

La voyant toujours si férue du Dykgrave, Landrillon, à qui sa haine vigilante tenait lieu de vertu divinatoire, commença par lui révéler la gêne financière du comte, puis il prédit la déconfiture du grand seigneur et même son prochain départ.

Contre l’attente du valet, Claudie, assez surprise, ne s’en montra pourtant que plus portée pour le gentilhomme ruiné. Elle se réjouit presque de cette débâcle, car elle se flattait de prendre le comte sinon par l’amour, du moins par l’argent. À partir de ce