Aller au contenu

Page:Georges de Lys - Les Conquerants de l'air, 1910.djvu/260

La bibliothèque libre.
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

« Allez, messieurs, dit alors le colonel, chacun à vos préparatifs. Demain sera pour nous le jour de la mort ou de la délivrance, et cette fois nous avons le droit d’espérer. »

La veillée fut grave. Au moment de quitter sa fille, le colonel songeait que le baiser qu’il lui mettrait au front serait peut-être le dernier. Combien il regrettait d’avoir cédé à sa volonté de rester dans la place ! elle serait main tenant hors de péril dans les rangs de la colonne française, plus près d’être réunie à lui, que son devoir obligeait à marcher au-devant de ses secoureurs, que dans ce Cao-Bang où il lui fallait la laisser exposée au plus terrible danger. Et il n’avait pas le droit de se révolter, même intérieurement, contre la mission que lui imposait l’intérêt général et son honneur de soldat.

Vers 3 heures du matin, les hommes furent éveillés. Un demi-litre de vin fut distribué à chacun avec sa part des biscuits apportés par la « frégate ». Les bidons reçurent une double ration d’eau-de-vie, avec la consigne étroite de n’y toucher que sur l’ordre donné. Le colonel réservait le coup de fouet de l’alcool pour la charge décisive. Les sacs ne furent pas pris ; les cartouches s’empilèrent dans les poches et dans les musettes. Puis la porte s’ouvrit, et silencieusement la colonne se fondit dans la nuit déjà pâlissante.

Demeurés seuls, Roland et Jeanne unirent leurs mains dans une étreinte muette. Elle disait l’angoisse de leurs