lumière dans la direction voulue, le Parigot se dirigea vers les stocks de marchandises accumulées çà et là, de façon à se rapprocher progressivement des madriers qui dissimulaient l’intrus et, en même temps, à lui couper la retraite s’il voulait s’évader dans une direction opposée au triangle éclairé. Gilles, d’une forte trique dont il s’était pourvu, fouillait les trous sombres et semblait un veilleur de nuit opérant sa ronde. Il arriva ainsi vers le lieu suspect. À son approche, des pas étouffés lui parvinrent ; aussitôt il courut sus, mais l’autre ne l’entendit pas et détala de toutes ses jambes, traversa le quai, puis se jeta dans les inextricables ruelles qui aboutissent au port.
Mais il avait dû couper la ligne lumineuse, et Roland avait en lui reconnu Hermann Hofer.
Salbris se commanda le sang-froid. Que signifiait l’espionnage acharné de cet Allemand ? Il éluciderait cette question plus tard. Il fallait d’abord profiter de sa mise en fuite pour s’embarquer aussitôt. Il prit la main d’Hervé et l’entraîna rapidement par la fenêtre, après avoir éteint la lumière et refermé le volet derrière eux. Une fois au canot, ils se couchèrent au fond, de sorte que le Parigot et Binette semblaient être seuls à son bord ; puis ils firent diriger l’embarcation sur l’autre rive, qu’ils redescendirent ensuite obliquement, pour aborder les sampans par le côté opposé au quai.
Du temps avait été perdu dans ces manœuvres. Laï-Tou mit en marche le sampan de tête, où il demeura seul.