Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 10.djvu/128

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citer une élection plus formelle. Dans un moment où ses facultés commençaient visiblement à baisser, il demanda une plume et de l’encre, afin d’écrire, ou plutôt afin de dicter un livre divin, disait-il, le résumé et le complément de toutes les révélations : il s’éleva dans sa chambre même une dispute pour savoir si on lui permettrait d’établir une autorité supérieure à celle du Koran : les choses allèrent si loin, que le prophète fut forcé de reprendre ses disciples de leur indécente véhémence. Si on peut ajouter quelque foi aux traditions de ses femmes et de ceux qui vécurent avec lui, il garda au sein de sa famille, et jusqu’au dernier moment de sa vie, toute la dignité d’un apôtre et toute la sécurité d’un enthousiaste ; il décrivit les visites de l’ange Gabriel qui était venu dire un dernier adieu à la terre, et il exprima sa vive confiance non-seulement dans la bonté, mais dans la faveur de l’Être suprême. Il avait annoncé un jour, dans un entretien familier, que, par une prérogative spéciale, l’ange de la mort ne viendrait s’emparer de son âme qu’après lui en avoir demandé respectueusement la permission. Cette permission accordée, l’agonie commença aussitôt, sa tête était posée sur le sein d’Ayesha, la plus chérie de ses femmes ; la douleur le fit évanouir ; mais ayant repris connaissance, il éleva vers le plancher un regard encore ferme, quoique sa voix fût déjà défaillante, et prononça ces paroles entrecoupées : « Ô Dieu ! pardonnez mes péchés… oui… je vais retrouver mes concitoyens qui sont au ciel. » Et il ren-