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HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

ils faisaient profession d’être les ministres du sénat, et obéissaient aux décrets suprêmes qu’ils avaient eux-mêmes dictés[1].

Cour des empereurs.

L’aspect de la cour répondait aux formes de l’administration. Si nous en exceptons ces tyrans qui, emportés par leur folles passions, foulaient aux pieds toutes les lois de la nature et de la décence, les empereurs dédaignèrent une pompe dont l’éclat aurait pu offenser leurs concitoyens, sans rien ajouter à leur puissance réelle. Dans tous les détails de la vie, ils semblaient oublier la supériorité de leur rang : souvent ils visitaient leurs sujets, et les invitaient à venir partager leurs plaisirs ; leurs habits, leur table, leur palais, n’avaient rien qui les distinguât d’un sénateur opulent : leur maison, quoique nombreuse et brillante, n’était composée que d’esclaves et d’affranchis[2]. Auguste ou Trajan aurait rougi d’abais-

  1. Dion (l. III, p. 703-714) a tracé d’une main partiale une bien faible esquisse du gouvernement impérial. Pour l’éclaircir, souvent même pour le corriger, j’ai médité Tacite, examiné Suétone, et consulté parmi les modernes les auteurs suivans : l’abbé de La Bléterie, Mém. de l’Acad., t. XIX, XXI, XXIV, XXV, XXVII ; Beaufort, Rép. rom., t. I, p. 255-275 ; deux dissertations de Noodt et de Gronovius, De lege regiâ, imprimées à Leyde en 1731 ; Gravina, De imperio romano, p. 479-544 de ses opuscules ; Maffei, Verona illustrata, part. I, p. 255, etc.
  2. Un prince faible sera toujours gouverné par ses domestiques. Le pouvoir des esclaves aggrava la honte des Romains, et les sénateurs firent leur cour à un Pallas, à