Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 1.djvu/29

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NOTICE
SUR LA VIE ET LE CARACTÈRE DE GIBBON.

CE n’est pas seulement pour satisfaire une curiosité frivole qu’il est intéressant de recueillir tous les détails relatifs au caractère des hommes connus par leurs actions publiques ou par leurs ouvrages : ces détails doivent entrer dans le jugement que nous portons sur leur conduite ou sur leurs écrits. Les hommes célèbres échappent rarement à cette sorte de méfiance inquiète qui, cherchant partout leurs sentimens secrets, nous fait attacher d’avance à tout ce que nous connaissons d’eux une idée particulière, fondée sur l’opinion que nous nous sommes formée de leurs intentions. Il importe donc que ces intentions puissent être appréciées avec justesse, et s’il est impossible de déraciner de l’esprit des hommes cette disposition au préjugé qui semble inhérente à leur nature, on doit chercher du moins à l’appuyer sur des bases solides et raisonnables.

On ne saurait nier d’ailleurs que dans certains genres d’ouvrages, l’opinion qu’on a de l’auteur ne doive influer sur celle qu’on se forme de ses écrits. L’historien, entre autres, est peut-être de tous les écrivains celui qui doit le plus au public compte de sa personne ; il s’est porté caution des faits qu’il nous a racontés ; la valeur de cette caution doit être connue : et ce n’est pas seulement sur le caractère moral de l’historien, sur la confiance que peut inspirer sa véracité, que s’appuiera cette garantie nécessaire ; la tournure habituelle de son esprit, les opinions qu’il est le plus disposé à adopter, les sentimens auxquels il se laisse entraîner le plus aisément ; voilà de quoi se compose l’atmosphère qui l’environne, et colore à ses yeux