Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 1.djvu/90

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HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

légion n’était pas dépourvue de ce que l’on pourrait appeler, dans nos langues modernes, un train d’artillerie ; elle avait toujours à sa suite dix machines de guerre de la première grandeur, et cinquante-cinq plus petites, qui toutes lançaient, selon diverses directions, des pierres et des dards avec une violence irrésistible[1].

Campement.

Le camp d’une légion romaine ressemblait à une ville fortifiée[2]. Aussitôt que l’espace était tracé, les pionniers avaient soin d’aplanir le terrain, et d’écarter tous les obstacles qui auraient pu nuire à sa parfaite régularité : la forme en était quadrangulaire, et nous calculons qu’un carré d’environ deux mille cent pieds anglais de côté pouvait contenir vingt mille Romains, quoique maintenant un pareil nombre de troupes présente à l’ennemi un front trois fois plus étendu. Au milieu du camp, on distinguait,

  1. Le chevalier Folard (dans son Commentaire sur Polybe, tom. II, p. 233-290) a traité des anciennes machines avec beaucoup d’érudition et de sagacité : il les préfère même, à beaucoup d’égards, à nos canons et à nos mortiers. Il faut observer que, chez les Romains, l’usage des machines devint plus commun, à mesure que la valeur personnelle et les talens militaires disparurent dans l’empire. Lorsqu’il ne fut plus possible de trouver des hommes, il fallut bien y suppléer par des machines. Voy., Végèce, II, 25, et Arrien.
  2. « Universa quæ in quoque belli genere necessaria esse creduntur, secum legio debet ubique portare, ut in quovis loco fixerit castra, armatam faciat civitatem. » C’est par cette phrase remarquable que Végèce termine son second livre et la description de la légion.