Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 2.djvu/150

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Bosphore obéirent à l’empire ; leur alliance ne lui fut point inutile. Leurs armes, leurs présens, et quelques fortifications élevées le long de l’isthme, fermèrent aux Sarmates l’entrée d’un pays qui, par sa situation particulière et par la bonté de ses ports, dominait le Pont-Euxin et l’Asie Mineure[1]. Tant que le sceptre fut entre les mains d’une famille de rois héréditaires, ces monarques s’acquittèrent de leurs fonctions importantes avec vigilance et avec succès ; des factions domestiques, et les craintes ou l’intérêt des usurpateurs obscurs qui s’étaient emparés du trône vacant, introduisirent les Goths dans le centre du Bosphore. Outre l’acquisition d’un pays fertile, les conquérans obtinrent assez de vaisseaux pour transporter leurs armées sur les côtes de l’Asie[2]. [Ils acquèrent des forces navales.]Les bâtimens du Pont-Euxin étaient d’une forme singulière : on ne se servait pour naviguer sur cette mer que de légers bateaux plats, construits en bois seulement sans aucun mélange de fer, et sur lesquels, dès que la tempête approchait, on disposait un petit toit incliné[3]. Tranquilles dans ces cabanes flottantes, les Goths bravaient une

    VI, 21 ; Eutrope VII, 9. Les Romains s’avancèrent une fois à trois journées du Tanaïs. Tacite, Ann., XII, 17.

  1. Voyez le Toxaris de Lucien, s’il est possible de croire à la sincérité et aux vertus du Scythe qui raconte une grande guerre de sa nation contre les rois du Bosphore.
  2. Zosime, l. I, p. 28.
  3. Strabon, l. XI ; Tacite, Hist., III, 47. On les appelait Camaræ.