Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/196

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dans tous les pays. Leur tendre respect pour la mémoire du Christ, et l’horreur qu’ils ressentaient pour le culte d’un être créé, leur auraient fait adopter la divinité égale et absolue du logos, si l’essor rapide qui les portait vers le trône du ciel n’eût été imperceptiblement réprimé par la crainte de violer l’unité et la suprématie du père du Christ et de l’univers. On peut remarquer dans les ouvrages des célèbres théologiens qui ont écrit vers la fin du siècle apostolique et avant la controverse arienne, l’incertitude et la perplexité des chrétiens dans le choix de ces deux opinions. Les orthodoxes et les hérétiques réclament, avec une confiance égale, l’autorité de ces écrivains ; et les critiques les plus judicieux ont avoué que, si ces docteurs ont été assez heureux pour posséder les vérités de la foi catholique, ils ont eu aussi le tort d’exprimer leurs sentimens en termes vagues, inexacts et quelquefois contradictoires[1].

Autorité de l’Église.

II. La dévotion des individus fut la première différence qui distingua les chrétiens des platoniciens ; la seconde fut dans l’autorité de l’Église. Les disciples de la philosophie soutenaient leurs droits à la liberté intellectuelle, et leur respect pour les

  1. Voy. Daillé, De usu patrum ; et Le Clerc, Biblioth. univers., t. X, p. 409. L’immense ouvrage du père Pétau sur la Trinité (Dogm. theolog., t. II) a été composé dans l’intention de décrier la foi des pères opposés au concile de Nicée. C’est du moins l’effet qu’il a produit, et la savante défense de l’évêque Bull n’a pu en effacer l’impression.