Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/458

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où il était résolu de ne jamais rentrer. Après une marche laborieuse de deux jours, il s’arrêta le troisième jour à Bérée ou Alep, où il eut le déplaisir de trouver un sénat composé presque en entier de chrétiens, qui ne répondirent que par de froides et cérémonieuses démonstrations de respect, à l’éloquent discours de l’apôtre du paganisme. Le fils de l’un des plus illustres citoyens de cette ville ayant embrassé, par intérêt ou par persuasion, la religion de l’empereur, son père indigné le déshérita. Julien invita le père et le fils à la table impériale, et, se plaçant au milieu d’eux, il recommanda, sans succès, cette tolérance qu’il pratiquait lui-même ; il affecta de souffrir avec calme le zèle indiscret du vieux chrétien, qui paraissait oublier les sentimens de la nature et les devoirs d’un sujet ; et se tournant à la fin vers le jeune homme affligé : « Puisque vous avez perdu un père à cause de moi, lui dit-il, c’est à moi de vous en tenir lieu[1]. » Il fut reçu d’une manière plus conforme à ses désirs, à Batnæ, petite ville

    très-mauvais, et les pierres mal affermies de la voie ne tenaient l’une à l’autre que par du sable (Julien, Épit. 27). Il est assez singulier que les Romains aient négligé la grande communication d’Antioche à l’Euphrate. Voyez Wesseling, Itinerar., p. 190 ; Bergier, Hist. des grands chemins, t. II, p. 100.

  1. Julien fait allusion à cet incident (Epist. 27), et Théodoret (l. III, c. 22) le raconte plus clairement. Tillemont (Hist. des empereurs, t. IV, p. 534), et même La Bléterie (Vie de Julien, p. 413) donnent des éloges à l’intolérance du père.