Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/465

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guerre, d’ustensiles et de munitions. L’empereur, qui s’occupait de la santé de ses soldats, avait fait embarquer une grande provision de vinaigre et de biscuit ; mais il défendit à ses troupes l’usage du vin, et renvoya impitoyablement une longue file de chameaux superflus qui avaient essayé de suivre les derrières de l’armée. Le Chaboras tombe dans l’Euphrate à Circesium[1] : au premier signal de la trompette, les Romains passèrent cette petite rivière qui séparait deux empires puissans et armés l’un contre l’autre. [Julien entre sur le territoire des Perses. Avril 7.]Julien, d’après les anciens usages, devait prononcer un discours militaire, et il ne négligeait pas les occasions de déployer son éloquence. Il excita l’ardeur des légions, en leur rappelant le courage intrépide et les glorieux triomphes de leurs ancêtres : il excita leur fureur par une peinture animée de l’insolence des Perses, et il les exhorta à imiter sa ferme résolution de détruire cette nation perfide, ou de mourir pour la république. Il augmenta l’effet de son discours, par le don de cent trente pièces d’argent à chaque soldat. On abattit à l’instant le pont du Chaboras, afin de convaincre les troupes qu’elles ne devaient plus placer leur espoir que dans leur succès. La prudence de Julien l’engagea cependant à pourvoir à la sûreté d’une frontière éloignée, toujours exposée aux incursions des Arabes. Il laissa à

  1. Monumentum tutissimum et fabrè politum, cujus mœnia abora (les Orientaux aspirent la première lettre de Chaboras ou Chabour) , et Euphrates ambiunt flumina, velut spatium insulare fingentes. (Ammien, XXIII, 5.)