Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/487

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


son expérience, les autres chefs appuyèrent librement ses prudentes remontrances[1]. Julien se contenta de répondre que la conquête de la Perse et la sûreté des troupes dépendaient de cette tentative ; que le nombre des ennemis, loin de diminuer, s’augmenterait par des renforts successifs ; qu’un plus long délai ne diminuerait pas la largeur du fleuve et n’abaisserait point la hauteur de ses bords. Sur-le-champ il fit donner le signal et fut obéi. Les plus impatiens des légionnaires sautèrent sur les cinq navires qui se trouvèrent près de la rive ; et comme ils manièrent la rame avec une extrême ardeur, on ne tarda pas à les perdre de vue dans l’obscurité de la nuit. On aperçut des flammes sur le rivage opposé ; et l’empereur, qui comprit trop bien que les Perses avaient mis le feu à ses premiers navires, tira habilement de leur extrême danger un présage de la victoire. « Nos camarades, s’écria-t-il, sont déjà maîtres du rivage ennemi : voyez, ils font le signal convenu ; hâtons nous d’égaler et d’aider leur courage. » La force réunie et le mouvement rapide de cette grande flotte rompit la violence du courant, et les Romains atteignirent la rive orientale assez tôt pour éteindre les flammes et sauver du péril leurs audacieux compagnons. Il fallait gravir une côte escarpée d’une

  1. Libanius désigne comme l’auteur de ces remontrances celui des généraux qui avait le plus d’autorité. Je me suis permis de nommer Salluste. Ammien dit de tous les chefs : Quòd acri metu territi duces concordi precatu fieri prohibere tentarent.