Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/84

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comme les trophées des provinces et les dépouilles des Barbares. [Des païens.]Un petit nombre de païens, cachés encore dans les classes les plus polies comme dans les classes les plus grossières de la société, excitaient l’indignation des chrétiens, qui ne voulaient peut-être pas qu’aucun étranger fût témoin de leurs querelles intestines. L’un des évêques fut nommé inquisiteur de la foi ; et son activité découvrit bientôt à la cour et à la ville des magistrats, des jurisconsultes, des médecins et des sophistes toujours attachés à la superstition des Grecs. On leur déclara positivement qu’ils devaient choisir, sans délai, entre le déplaisir de Jupiter et celui de Justinien, et qu’on ne leur permettrait plus de déguiser leur aversion pour l’Évangile sous le masque scandaleux de l’indifférence ou de la piété. Le patricien Photius se montra seul, peut-être, déterminé à vivre et à mourir comme ses ancêtres ; d’un coup de poignard il s’affranchit de la servitude, et laissa au tyran le triste plaisir d’exposer ignominieusement aux regards du public le cadavre de celui qui avait su lui échapper. Ses autres frères, moins courageux, se soumirent à leur monarque temporel ; ils reçurent le baptême, et s’efforcèrent, par un zèle extraordinaire, d’effacer le soupçon ou d’expier le crime de leur idolâtrie. La patrie d’Homère et le théâtre de la guerre de Troie conservaient les dernières étincelles de la mythologie des Grecs : par les soins du même évêque ou inquisiteur dont nous parlions tout à l’heure, on découvrit et on convertit soixante-dix mille païens en Asie, dans la Phrygie,