Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 1.djvu/385

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somme considérable devait entièrement suffire à toutes les dépenses du gouvernement institué par Auguste, dont la cour ressemblait à la maison d’un simple sénateur, et dont l’établissement militaire avait pour but de protéger les frontières de l’empire, sans chercher à les reculer par des conquêtes, ou craindre d’avoir à les défendre contre aucune invasion sérieuse.

Taxes sur les citoyens romains, établies par Auguste.

Malgré ces probabilités, la dernière de ces deux conclusions est positivement contraire au langage et à la conduite d’Auguste. Il n’est point aisé de décider si ce prince voulut agir comme le père commun de l’univers ou comme l’oppresseur de la liberté ; s’il désira d’adoucir le sort des provinces, ou d’appauvrir le sénat et l’ordre équestre. Quoi qu’il en soit, à peine eut-il pris les rênes du gouvernement, qu’il affecta souvent de parler de l’insuffisance des tributs, et de la nécessité où il se trouvait de faire supporter à Rome et à l’Italie une partie des charges publiques[1]. Ce fut cependant avec précaution, et pour

    aux prodigieuses dépenses de quelques empereurs (Suétone, Vespas., c. 16), on verra que de tels revenus n’auraient pu y suffire. Les auteurs de l’Histoire universelle (partie XII) assignent quarante millions sterl., environ neuf cent soixante millions de francs, comme la somme à laquelle pouvaient s’élever à peu près les revenus publics. (Note de l’Éditeur.)

  1. Il n’est pas étonnant qu’Auguste tînt ce langage, le sénat déclara aussi, sous Néron, que l’état ne pouvait subsister sans les impôts tant augmentés qu’établis par Auguste. (Tacite, Ann., l. XIII, c. 50.) Depuis l’abolition des différens tributs que payait l’Italie, abolition faite en 646-694