Page:Gilbert - Le Dix-huitième Siècle, 1775.djvu/8

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Ces Français ſi vantés, peux-tu les reconnaître ?
Jadis peuple héros, peuple femme en nos jours,
La vertu qu’ils avoient n’eſt plus qu’en leur diſcours.
Suis les pas de nos Grands : énervés de moleſſe,
Ils ſe trainent à peine, en leur vieille jeuneſſe,
Courbés avant le temps, conſumés de langueur,
Enfans efféminés de pères ſans vigueur ;
Et cependant, nourris des leçons de nos Sages,
Vous les voyez encore, amoureux & volages,
Chercher, la bourſe en main, de Beautés en Beautés,
La mort qui les attend au ſein des voluptés ;
De leurs biens, prodigués pour d’infâmes caprices,
Enrichir nos Laïs dont ils gagent les vices,
Tandis que l’honnête homme, à leur porte oublié,
N’en peut même obtenir une avare pitié :
Deſtinés en naiſſant aux combats, aux alarmes,
Formés dans un ſerrail au dur métier des armes ;
Qu’ils promettent d’exploits tous ces héros futurs !
L’un ſait, armé du fouet, conduire dans nos murs
Son char prompt & léger qu’un ſeul Coursier promène ;
L’autre, noble Hiſtrion, délirer ſur la Scène :
Sans doute c’eſt ainſi que Turenne & Villars
S’inſtruiſoient dans la paix aux triomphes de Mars.
La plûpart, indigens au milieu des richeſſes,
Dégradent leur naiſſance, à force de baſſeſſes :
Souvent, à pleines mains, d’Orval ſème l’argent ;