Page:Gillet - Histoire artistique des ordres mendiants.djvu/397

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un rosaire qu’une grammaire latine[1]. La Compagnie, dans ses innombrables collèges, assuma l’entreprise de former en Europe les classes dirigeantes. À leur usage, à titre d’ornement et de luxe intellectuel, elle sauva l’humanisme, elle sut assimiler, incorporer la Renaissance. Pour la religion, les Pères s’attachaient à en donner moins de preuves que de solides habitudes. Dès lors, tout homme du monde mena en quelque sorte une vie en partie double : il y eut dans sa conscience deux mécanismes séparés, l’un qui mettait en jeu l’imagination, l’autre les idées morales ; et les deux mouvements opéraient côte à côte, si bien montés, si bien huilés, qu’il n’y avait entre eux ni heurts ni frottements. La même démarcation se fit d’elle-même dans les arts : il y eut désormais un art mythologique, un paganisme décoratif fait d’Ovide et de Virgile, pour les hautes classes, les bourgeois riches et l’aristocratie ; puis, un art religieux qui s’adressait à tout le monde, et devant lequel tous les fidèles se retrouvaient à genoux.

Ce curieux état de choses est en somme la convention dont nous vivons encore, jusqu’au jour où les humanités seraient décidément rayées des programmes de la démocratie. Elle suppose sans doute une certaine complexité d’esprit ; mais n’est-ce pas la condition de notre vie intellectuelle et de nos plus précieuses acquisitions de nuances ? Il n’en résultait, en tout cas, aucune diminution de la vie religieuse. Rubens, pour revenir à lui, commençait sa journée à quatre heures du matin par la messe de son chapelain. Il avait fait de ses facultés, de son temps et de sa fortune, la distribution la plus sage et la plus harmonieuse. L’existence de ce grand lyrique est un chef-d’œuvre d’économie, d’ordre, d’hygiène

  1. Bœhmer, Les Jésuites, trad. G. Monod, 1910, p. 225.