Page:Girard - Naufrage de l’Excel, paru dans Le Monde illustré, 13 février 1858.djvu/9

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La nuit qui, sur ces entrefaites, descendit sur la mer et sembla ensevelir ces malheureux dans ses ténèbres, ne fit que donner plus d’énergie à cette résolution héroïque.

À neuf heures, huit hommes montés sur le bateau de sauvetage d’un steamer anglais, alors dans le port, s’élancèrent audacieusement sur cette mer formidable dont l’écume phosphorescente jetait dans la nuit des lueurs funèbres : ces hommes dévoués trouvèrent tant de vigueur dans la force de leur volonté que cette fois toutes les lames furent franchies ; ils touchaient au navire submergé, ils s’applaudissaient déjà de leur victoire, lorsqu’une masse d’eau se précipitant et s’écroulant sur eux, les désempare de leurs avirons et les rejeta encore sur la rive.

On sentit l’inutilité de tentatives nouvelles qui ne pouvaient plus qu’ajouter de nouvelles catastrophes au désastre. Quelque navrant que fût cet ajournement, il fallait attendre.

Une question s’offrait aux esprits : les malheureux abandonnés dans cette mâture pourraient-ils y résister jusqu’au jour ? Cette mâture elle-même ne se sera-t-elle pas abîmée dans la mer ? C’était à craindre.