Page:Giraudoux - Électre.djvu/18

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aussi beaucoup, beaucoup de pieds nus. Aucun visage, les visages étaient haut dans le ciel, mais des pieds nus. J’essayais, entre les franges, de toucher leurs anneaux d’or. Certaines chevilles étaient unies par des chaînes ; c’était les chevilles d’esclaves. Je me rappelle surtout deux pieds tout blancs, les plus nus, les plus blancs. Leur pas était toujours égal, sage, mesuré par une chaîne invisible. J’imagine que c’était ceux d’Électre. J’ai dû les embrasser, n’est-ce pas ? Un nourrisson embrasse tout ce qu’il touche.

DEUXIÈME PETITE FILLE. – En tout cas, c’est le seul baiser qu’ait reçu Électre.

LE JARDINIER. – Pour cela, sûrement.

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Tu es jaloux, hein, jardinier ?

L’ÉTRANGER. – Elle habite toujours le palais, Électre ?

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Toujours. Pas pour longtemps.