Page:Giraudoux - Simon le pathétique.djvu/250

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2Ã, à BIION LI PATHÉTIQTI — I

mordu un fruit amer, mes yeux avaient été 1 aveuglés par je ne sais quel éclat, et tout mon ’ É visage n’était plus, pour Anne du moins, que I mon symbole. Elle me sentait affranchi pour [ elle de ces lois qui rendent subitement laid, maladroit, importun. Chacun de mes gestes habituels, quand je croisais les jambes, quand, 4 les mains étendues sur mes genoux, le dos un peu voûté, comme un colosse, je recevais la minute présente avec la force qui sert à soutenir quarante siècles, lui plaisait pour tou- a jours, flattait son âme. Étais-je donc le seul homme qui eût conquis à ses yeux la même liberté qu’un arbre, qu’un animal et dont les mouvements fussent naturels et sacrés ? Elle m’en était reconnaissante. Mais alors avais-je Z donc raison contre elle ? Étais-je donc vraiment ’le seul homme qu’elle pût aimer ? Elle vint vers moi... Elle s’approcha de cet ami, lourdement et paisiblement assis, aussi anxieusement qu’on approche un reflet... Caressante, dans sa dernière et tendre hypocrisie, elle m’unissait dans sa pensée, . pour voir si chaque fois j’en supportais le voisinage, à tout cenqui est l’amour ; au centre des saisons, au centre de tous les pays elle me plaçait, comme sous toutes