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Premier Péché

La Fête Nationale


Restons Canadiens ! Il y a deux cents ans nos pères le disaient à leurs fils, et la génération d’aujourd’hui se groupe encore, et pousse ce cri qui résume la fierté, l’amour et les espérances de notre race : restons Canadiens !

Avec quel enthousiasme n’avons-nous pas célébré, hier, notre fête nationale ; lui avons-nous bien dit à notre chère patrie, comment nous la chérissons, et combien nous sommes heureux d’être nés sur son sol, d’être les enfants qui l’aiment passionnément ! Aussi comment ne l’aimerions-nous pas ? ne nous est-elle pas doublement chère, des regrets d’un passé bien mort, sans espoir de le voir revivre un jour, et des espérances d’un avenir que nous bâtirons nous-mêmes, y mettant toute la fierté des traditions ancestrales ?

Nous avons du sang dans les veines, du plus noble ! Nous avons de la foi et de l’amour au cœur, et dans l’âme, toutes les hautes aspirations, et c’est ainsi que nous marcherons solidement groupés, les yeux fixés sur l’horizon éclairé du flambeau de tous les saints espoirs. Oui, marchons résolument, nous avons l’intelligence et nous avons la force ; pourquoi nous attarder en route ? n’avons-nous plus la vaillance des preux qui étaient nos pères ; n’avons-nous plus la croyance des saintes créatures qui ont veillé sur le berceau de la race canadienne-française ?

Oui, nous avons tout cela, nous avons le souvenir du passé, nous avons le culte de la patrie, nous avons l’amour du pays qui envoya à la terre canadienne, les créateurs de notre race ; nous avons foi en l’avenir et d’ailleurs ne nous sentons-nous pas une nation sortie de l’enfance, et prête maintenant à poursuivre tous les nobles buts ?

Hier, dans l’air électrisé, passait une brise d’enthousiasme, tout le souffle de la nation canadienne qui exultait, célébrant sa fête à elle, bien à elle ; avec pompe nous l’avons chanté notre Canada, hymne de joie d’un peuple en liesse, promenant son bonheur, voulant le crier à tous les échos, et éprouvant l’impérieux désir de dire ses chants patriotiques. Le ciel rayonnait de la fête de la terre, en ce soir du 24 juin ; les fusées et les feux resplendissants montaient vers lui, flammes pures semblant sortir du cœur même des Canadiens, — étincelles jaillies d’un foyer immense