Page:Godwin - Caleb Williams, I (trad. Pichot).djvu/42

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le malheur de lui déplaire. Ainsi, le plaisir que les autres pouvaient trouver dans les saillies de son imagination n’était jamais sans un mélange de crainte. On croira sans peine que son despotisme n’avait pu arriver jusqu’à cet excès sans quelque opposition. Mais notre Antée rustique avait renversé tout ce qui s’était trouvé sur son passage ; au moyen de l’ascendant que lui donnaient sa fortune et la réputation qu’il s’était faite parmi ses voisins, il réduisait toujours son adversaire à la nécessité de lui abandonner le choix des armes, et, quand il avait pris ses avantages, il ne le quittait plus sans lui avoir bien fait sentir, dans tous ses membres, la peine de sa présomption. On n’aurait pas enduré aussi patiemment la tyrannie de M. Tyrrel, si ses talents pour la parole ne fussent pas continuellement venus au secours de cette autorité que lui avaient originairement obtenue son rang et ses prouesses.

Notre squire était près du beau sexe dans une position encore plus digne d’envie que celle qu’il avait conquise parmi les hommes. Il n’y avait pas une mère qui n’enseignât à sa fille à regarder la main de M. Tyrrel comme l’objet le plus élevé de son ambition. Il n’y avait pas une fille qui ne jetât un coup d’œil favorable sur ses formes athlétiques et sur la gloire de ses prouesses. Comme il n’y avait pas d’homme assez hardi pour lui contester la supériorité, il n’y avait pas non plus de femme dans ce cercle provincial qui se fît scrupule de préférer son hommage à celui de tout autre soupirant. Son