Page:Goethe - Œuvres, trad. Porchat, tome VI.djvu/357

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GOETHE.–ANN.D’APPR. ~g

nup ~nnin~uci ~uc ~um la compagnie nous entourait. Le chirurgien avait fini ; le blessé me salua d’un regard affectueux, et on l’emporta chez lui.

La maîtresse de la maison me conduisit dans sa chambre à coucher. Il fallut me déshabiller tout à fait, et je dois avouer qu’au moment où l’on me lavait, pour essuyer le sang de Narcisse, ayant jeté un coup d’œil au miroir, je m’aperçus, pour la première fois, que j’étais belle, même sans parure. Je ne pouvais remettre mes habits, et, comme toutes les personnes de la maison étaient plus petites ou plus fortes que moi, je reparus chez nous dans un singulier équipage, à la grande surprise de mes parents. Ma frayeur, les blessures de notre ami, l’extravagance du capitaine, enfin toute l’affaire, leur causa une vive indignation. Il s’en fallut peu que mon père ne défiât le capitaine, pour venger sur-le-champ son ami. Il blâmait les hommes présents à cette scène de n’avoir pas puni sur-le-champ cet assassinat car il était trop manifeste que le capitaine avait tiré l’épée, aussitôt après avoir frappé Narcisse, et l’avait blessé par derrière la blessure à la main n’avait été faite qu’après qu’il se fut mis en défense. J’étais, au delà de toute expression, émue, ébranlée. que dirai-je encore ? La passion qui sommeillait au fond de mon cœur avait éclaté soudain, comme une flamme qui trouve un passage. Si le plaisir et la joie sont très-propres à faire naître l’amour et à l’entretenir en secret, cette passion, naturellement courageuse, est poussée, plus aisément encore, par le péril, à se prononcer et se déclarer. Mes parents traitèrent leur chère fille en malade, et me firent mettre au lit. Dès le grand matin, mon père courut chez notre blessé, qu’il trouva fort mal, avec une fièvre intense.

Mon père me dit peu de chose de leur conversation, et chercha à me tranquilliser sur les suites de cet accident. Il s’agissait de savoir si l’on pourrait se contenter d’une amende honorable, ou si la chose devrait être déférée aux tribunaux et ainsi de suite. Je connaissais trop bien mon père, pour croire qu’il souhaitât de voir l’affaire se terminer sans duel ; mais je gardai le silence, car j’avais appris de lui dès longtemps que les femmes ne doivent pas se mêler des affaires d’honneur. Au reste, il ne semblait pas qu’il se fût rien passé entre les deux amis qui me