Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/92

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humaine. À l’appui de ce rapport négatif au châtiment il est opportun de rappeler ici un renseignement anthropologique :

L’explorateur Krantz qui, au siècle dernier, avait vécu assez longtemps parmi les Samoyèdes Groenlandais, raconte que chez ce peuple, les différends se vidaient à cette époque par des danses et des chansons, ce qui était appelé « le duel aux chansons ». Quand un des naturels se sentait offensé, il ne laissait voir ni haine ni dépit et encore moins cherchait-il à se venger, mais en échange il se mettait à composer une chanson satirique sur le compte de son offenseur et répétait cette chanson accompagné de danses devant les siens jusqu’à ce que tous la sussent par cœur. Alors il envoyait un défi à son adversaire en le provoquant non par les armes mais par des chansons.

L’adversaire se rendait à l’endroit indiqué et se plaçait au milieu du cercle formé par les assistants. Alors l’accusateur, s’accompagnant d’un tambour, chantait sa satire dont les dernières strophes étaient reprises en chœur par ses proches. Il disait dans cette satire toutes sortes de vérités à son adversaire sous une forme plaisante qui faisait se tordre de rire les spectateurs.

L’épigramme terminée, l’adversaire s’avançait à son tour et, soutenu par les rires des siens, il répondait aux attaques également par une chanson dans laquelle il tournait l’accusateur en ridicule.

Ce dernier recommençait de la même façon et ce manège durait jusqu’à ce que l’un des adversaires