Page:Gossuin - L’Image du monde, édition Prior, 1913.djvu/125

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ala par maintes terres [1] pour enquerre et pour cerchier [2] les aventures, plus qu’il ne [3] faisoit pour conquerre, quant il se dut combatre a ceuls qui les olyfanz avoient duiz et apris de combatre en plainne terre, si fist faire vaissiaus d’arain [F° 57 a] en fourme d’oumes [4], et les fist emplir de feu ardant ; et les metoient [5] devant euls pour combatre vers [6] cele gent qui estoient seur les olyfanz [7]. Et quant li olyfant getoient leur boiaus dont il tuoient la gent, si s’ardoient touz les boiaus ; tant qu’il les en orent si duiz, qu’il n’osoient aprouchier les houmes pour [8] la samblance de leur façon. Car il cuidoient qu’il fussent ausi chaut comme cil [9] estoient qui [F° 57 b] plain estoient de feu [10]. Et ainsi eschiva cel perill Alixandres, qui fu moult sages, et conquist cele sauvage gent, et donta [11] si les olyfanz [12] qu’il n’osoient faire mal as houmes [a].

Olyfant vont moult simplement et moult acordéement [13] ensamble. Et, quant il s’entrencontrent, il baissent les chiés les uns contre les autres, ausi comme s’il [14] s’entresaluassent [b].

Il sont de moult froide nature ; dont il avient que, quant l’en met sus la dent de l’-[F° 57 c]yvoire [15] ·i· drap linge et charbons ardanz desus, que li drap linge n’art pas ; ainz estaint li charbons [16] tantost comme l’en le met desus, por [17] la froidure qui est en lui [c].

Il n’ont faons c’une foiz en lonc tans, et les portent [18] ·ii· anz en leur ventre. Et vit ·iii· cenz anz [d].

Il doute la souriz et la coulevre et toute [19] vermine. Se la couluevre [20] s’aert a lui [21], si l’abat et l’ocit [22]. Ele repont ses faons es illes ou il n’a boz ne couluevres, et fa-[F° 57 d]onne adès dedenz yaue. Car s’il chaoient près de terre, jamais ne se releveroient. Car leur os sont touz entiers et roides sanz jointes [23] dès le ventre jusques as piez [e].

  1. — A : terre.
  2. — A : cerchiers ; B : encerchier.
  3. — B : plus qui ne...
  4. — B : fourmes d’ommes.
  5. — B : menoient.
  6. — A : pour combatren vers.
  7. — B : sus ces olifans.
  8. — B : por.
  9. — B : ceuls.
  10. — B : qui plains de feu estoient.
  11. — B : dampta.
  12. — B : olyfans.
  13. — B : ordenéement.
  14. — B : aussi comme se il.
  15. — B : « sus la dent de l’yvoire » manque.
  16. — B : le charbon.
  17. — B : pour.
  18. — B : tens... porte.
  19. — A : doute.
  20. — B : colevre.
  21. — B : li.
  22. — B : ocist.
  23. — B : « sanz jointes » manque.
  1. « Les genz Alixandre... mal as houmes. » Jacques de Vitry 88.
  2. « Olyfant vont... s’entresaluassent. » Solin 25 ; Isidore, Etym. XII. 2. 16 ; Neckam I. 143-145 ; II. 9, 48 ; Jacques de Vitry 88.
  3. « Il sont de moult... est en lui. » Solin 25 ; Neckam I. 143-145 ; II. 9, 48 ; Jacques de Vitry 88.

    Ni Solin ni Neckam ne mentionnent le « drap linge ».

  4. « Il n’ont faons... cenz anz. » Solin 25 ; Isidore, Etym. XII. 2. 16 ; Neckam I. 143-145 ; II. 9, 48 ; Jacques de Vitry 88.
  5. « Il doute... as piez. » — Solin 25. (Au chapitre 21 Solin décrit un animal en Allemagne semblable à l’« alces » : « cujus suffragines, ut elephantis, flecti nequeunt : propterea non cubat, quum dormiendum est, tamen somnulentem arbor sustinet, quæ ad prope casuram secatur, ut fera, dum assuetis fulmentis innititur, faciat ruinam. Ita capitur. » Peut-être la source de A p. 118.) Le passage « Elle repont... as piez » ne se trouve pas dans Solin ; Isidore, Etym. XII. 2. 16 ; Neckam I. 143-145 ; II. 9, 48 ; Jacques de Vitry 88.