Page:Gossuin - L’Image du monde, édition Prior, 1913.djvu/145

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— 137 —

Quant li hairons voit la tempeste venir [1], si s’enfuit en haut, et s’envole desus les nues pour eschiver [2] les pluies et la tempeste [3] [a]. Quant la choè trueve or ou [4] argent, si l’emble et le repont. Et qui ot sa voiz, il [5] samble qu’ele parole aucune foiz [b].

Li corbiaus si cuide estre li plus biaus oisiaus de touz les autres et li mieulz chantanz [6]. Se ses poucins sont [7] blanc, [F° 74 c] de riens qui soit jamais bien ne leur [8] fera, devant qu’il soient noir [c].

Et quant l’en regarde le paon, si tourne sa keue tout entour lui [9] pour ce que l’en loe sa biauté, et fait de tout son cors aussi [10] comme une roe, tant s’enorgueillist de sa biauté. Mais quant il regarde ses piez qui sont laiz [11], si laisse sa keue cheoir, ausi comme pour couvrir les [12] [d].

Li ostours et il espreviers si prennent leur proies en rivieres. Li domeches la [13] raporte a [F° 74 d] son seigneur qui l’a pris [e].

Li coulons est simples oisiaus, et se [14] norrist bien autrui pijons, et aparçoit [15] bien en l’eave [16], par l’ombre que il voit dedenz [17], quant li ostours le veult prendre [f].

La hupe est uns oisiaus crestez [18] qui en viltez et en ordure demeure plus volentiers que ailleurs. Qui une heure s’oindroit [19] de son sanc, et puis s’alast dormir, il li seroit maintenant avis en dormant que anemis vendroient devant lui qui estrangler [F° 75 a] le voudroient [g].

Li rousignols [20] muert souvent en chantant, et l’aloete bien souvent aussi. Li cignes [21] est touz blans par dehors, et par dedenz est touz noirs. Il chante souvent devant sa mort [h]. Ausi font mainte gent souvent.
De tels choses et de moult d’autres se merveilleroient moult de genz [22] qui riens ne avroient oÿ ne veü plus que nous ne faisons [23] ici. Car nous en [24] voions souvent d’aucunes de quoi l’en se merveilleroit moult, qui ne les a-[F° 75 b]roit [25] aprises a veoir.

  1. — B : li hairons vait venir la tampeste.
  2. — B : eschevir.
  3. — B : tampeste.
  4. — B : et.
  5. — B : si.
  6. — B : chantant.
  7. — B : son.
  8. — B : lor.
  9. — B : li.
  10. — B : ausi.
  11. — B : si laiz.
  12. — B : chaoir, ausi con por couvir les.
  13. — B : le.
  14. — B : si (« se » = si : cette forme se présente souvent dans le manuscrit A. Cf. fos 6b, 6d, 7b, 7d, etc.
  15. — B : pigons, et si aperçoit.
  16. — B : l’yaue.
  17. — B : « que il voit dedenz » manque.
  18. — B : cretez.
  19. — B : s’oindrent.
  20. — B : roussignols.
  21. — B : cygnes.
  22. — B : gens.
  23. — B : faissons.
  24. — A : ne.
  25. — B : avroit.
  1. « Quant li hairons... la tempeste. » Jacques de V. 92 ; Neckam I. 63.
  2. « Quand la choè... aucune foiz. » Jacques de V. 92 (monedula) ; Isidore, Etym. XII. 7. 35.
  3. « Li corbiaus... il soient noir. » Jacques de V. 92 ; Neckam I. 61 ; II. 126 ; Isidore, Etym. XII. 7. 43.
  4. « Et quant l’en regarde... pour couvrir les. » Jacques de V. 92 ; Neckam I. 39.
  5. « Li ostours... qui l’a pris. » Jacques de V. 92 ; Neckam I. 24.
  6. « Li coulons... veult prendre. » Jacques de V. 92 ; Neckam I. 56.
  7. « La hupe... le voudroient. » Isidore Etym. XII. 7. 66 ; Jacques de V. 92.
  8. « Li cignes... sa mort. » Jacques de V. 92 ; Neckam I. 49 ; Isidore Etym. XII. 7. 18.