Page:Gossuin - L’Image du monde, édition Prior, 1913.djvu/146

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vii. [a]
Des diversitez [1] d’aucunes choses communes.

Moult de choses sont moult apertes, dont moult couvertes sont les raisons et dont les genz se merveillent moult pou, pour ce qu’il les [2] voient moult souvent.

Vif argent est de tele maniere qu’il soustient une pierre desus lui, ce que oile ne eave [3] ne porroit faire, car la pierre s’en iroit au fonz . La chalz vive a si tost la froide eave eschauffée [4], que l’en n’i porroit souffrir sa main [b]. Li rai du [F° 75 c] souleill [5] nercissent le cuir de l’oume et blanchissent [6] les toiles ; et la terre qui est mole font [7] dure ; et la cire qui est dure remetent et fondent [8] [c].

Si fait l’en de l’eave [9] froide en ·i· vaissel [10] de voirre [11] le feu encontre le soleill, et du cristal ausi [* 1] [d]. Et de hurter le fer a la pierre saut li feuz touz alumez.

Li venz, qui est froiz, esprant [12] le feu et l’enflambe [13], et le fait plus grant. Alaine d’omme [14], qui est chaude, refroidist [15] la chaude chose. Li airs refroide par mouve-[F° 75 d]menz, et l’yaue en [16] eschauffe [17] qui est froide.

La terre, qui est pesant et de ) nature, se tient el milieu de l’air

  1. — B : diversetez.
  2. — B : ce qui les.
  3. — B : cen que oille ne yaue.
  4. — B : yaue eschaufée.
  5. — B : soleill.
  6. — B : l’omme et blanchist.
  7. — B : fait.
  8. — B : remest et font.
  9. — B : l’yaue.
  10. — B : vaissiau.
  11. — B : verre.
  12. — B : esprent.
  13. — B : anflamble.
  14. — B : d’oume.
  15. — B : refroide.
  16. — B : « en » manque.
  17. — A : eschausfe ; B : eschaufe ; C : eschauffe.
  1. * « Si fait... ausi » : Tous les ms. en prose offrent la même leçon pour ce passage qui ne se trouve dans aucun des ms. en vers, soit de la première, soit de la seconde rédaction. Ce fait est si frappant qu’il semble justifier les conclusions suivantes : Gossouin, trouvant de la difficulté à traduire le passage du texte latin, s’est décidé à l’omettre. Plus tard, écrivant la rédaction en prose, il fait un essai peu réussi de traduction. Finalement l’auteur de la seconde rédaction en vers, Gossouin lui-même, ou Gautier ou un autre, se décide, vu l’obscurité du passage, à l’omettre définitivement.

    Le texte latin se trouve au ch. 93 de Jacques de Vitry :

    « Crystallus licet frigidus sit, aqua frigida conspersus ad solis radios, ignem ex se producit. » L’Image du Monde nous donne donc une traduction pas très correcte qui revient à ceci : « Si un vaisseau de verre ou de cristal rempli d’eau froide est exposé au soleil, il produira du feu. »

    Caxton adapte le texte français d’une manière ingénieuse : « Le soleil chauffe l’eau froide contenue dans un vaisseau ; avec du verre ou du cristal exposé au soleil on peut faire du feu. »

  1. [F° 75 b76 a = Vers 3304-3348.]
  2. « La chalz vive... souffrir sa main. » Jacques de V. 93 ; Neckam II. 51.
  3. « Li rai du souleill... fondent. » Jacques de V. 93.
  4. « Si fait l’en de l’eave... cristal ausi. » Jacques de V. 93.

    Ce passage ne se trouve pas dans le ms. en vers, ni dans aucun des autres ms., soit de la première, soit de la seconde rédaction en vers.

    Le reste de ce chapitre est tiré de Jacques de Vitry. Gossouin ne paraît pas avoir employé d’autres sources.