Page:Gossuin - L’Image du monde, édition Prior, 1913.djvu/16

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cette fois-ci en prose. Toutefois le succès a justifié l’auteur : c’est cette dernière version qui a été traduite en différentes langues ; le premier livre illustré imprimé en Angleterre, c’est l’Image du Monde en prose ; et c’est elle enfin dont nous offrons l’édition.

Date de la rédaction en prose. — Neubauer[1], décrivant les manuscrits hébraïques de l’Image, en vient à la conclusion que la traduction a été faite d’après un manuscrit en prose, vers 1280, c’est-à-dire quelques années seulement après la composition du manuscrit original de 1246 (n. s.).

La question de la date de notre rédaction en prose est si intimement liée à celle de l’auteur qu’il est impossible de les séparer. Nous devons donc anticiper en partie sur un chapitre à venir pour prouver la thèse suivante : La rédaction en prose a été composée, peut-être en 1246 (n. s.) mais certainement avant la seconde rédaction complète, par l’auteur même de la première rédaction en vers.

Notre opinion est basée sur les faits suivants :

I. Trois des manuscrits de la rédaction en prose donnent le nom de l’auteur ; le seul manuscrit de la première rédaction en vers qui soit signé nous donne le même nom.

II. Le chapitre sept de la seconde partie de l’Image est traduit littéralement d’un chapitre correspondant de Jacques de Vitry[2] ; l’ordre même des matières est maintenu.

Mais dans la rédaction en vers il manque un passage qui évidemment a paru obscur au traducteur. Dans la rédaction en prose, au contraire, ce passage est traduit[3], mais d’une manière absolument inintelligible.

Nous en concluons que l’auteur des deux rédactions (i. e. la première rédaction en vers et la rédaction en prose) est le même, car il est peu probable qu’un remanieur quelconque se fût donné la peine de trouver la source du chapitre et de le compléter en traduisant de son mieux le passage omis dans la première rédaction. Mais pour l’auteur de l’original le cas est différent : son chapitre n’est pas complet ; il y manque un passage, peu important il est vrai, dont la difficulté lui a paru insurmontable en composant sa première rédaction ; sa vanité de traducteur est en jeu ; il se décide à introduire le paragraphe dans sa rédaction en prose : avec quel succès, nous l’avons vu.

Ajoutons qu’il s’agit ici d’une hypothèse dont le contraire est également soutenable : le passage pourrait s’être trouvé dans l’original et avoir été supprimé par un premier copiste. Il est évident que les deux points de vue

  1. Neubauer, dans Romania V (1876) p. 129 s., 131 s. ; cf. p. 11.
  2. Jacques de Vitry, Historia Hierosolomitana (Douai 1597) ch. 93.
  3. Pour ce passage et le latin correspondant, voir f° 75 c note.