Page:Goudeau — Dix ans de bohème, 1888.djvu/133

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un drame bizarre où se trouve ce vers épique :

J’ai pour tout nom Didier, je m’appelle Enguerrand.

Je vois encore, à la période gaie, le vieux Châtillon récitant la Levrette en paletot, et j’entends d’ici la voix terrible de Toupier-Béziers, clamant :

— Oui, mon fils, j’ai voulu être une hirondelle voltigeant au-dessus des casseurs de cailloux, j’ai bu de l’air et de la lumière ; mais il faut être abeille ! Voilà, les ailes ne suffisent pas ! Aujourd’hui, je ne suis plus qu’un vieux saladier sans salade !…

Nina, doucement, interrompait ce tonnerre :

— Qu’a-t-il ? mais qu’a-t-il donc ? Qu’est-ce que vous lui faites, Émilios ? (C’était là mon nom.) Pourquoi torturez-vous Toupier ?

Je m’excusai de mon mieux, prétextant qu’entraîné par mon maudit accent hispano-italo-grec, j’avais appelé le poète Toupier : Toupiéro-Béziéro !

Et de rire, Toupier le premier.

C’est encore là que Villiers de l’Isle-Adam, l’artiste raffiné du Nouveau-Monde, d’Azraël, des Contes cruels, débitait, avec un air sata-