Page:Gouin - J'il de noir, 1971.djvu/30

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Je suis parti avec un fanal dans ces rues de Montréal et les néons ont aveuglé ma trop falote lumière et j’ai dû fermer les yeux, ébloui.

Et au fond de mon crâne mon petit diamant était resté ouvert et me lançait des cris à fendre pierre comme un navire qui chavire au milieu des éclairs.

Il était cloué au fond de ma mémoire et j’ai passé devant tous ces yeux enflammés et je l’ai entendu crier de tous ses feux.

« C’est l’amour » me disait ma vieille étoile, celle qui s’est traînée depuis l’âge de raison dans la boue de mon enfance.

« C’est la passion » me prêchait cette même vieille-mauvaise étoile née là-haut dans ma conjoncture pour être miroir noir, ma glace, mon éteignoir, mon double-froid, l’effroi de ma naissance à la lucidité.

Je l’ai crue et suivie comme le chien fidèle, jusque dans ses bras, dans son lit.

Puis la passion s’est tue et l’étoile est reparue lavée par la pluie sur la vitre au firmament de mon crâne.

C’est dans ces temps de fin d’orage, quand nos étoiles, comme des oiseaux terrorisés se taisent encore que la rôdeuse passe au-dessus de la tête des naufragés du Titanic…

Et c’est dans ces temps d’avant l’orage que le poids de la chair pèse sur la terre et la réveille, femme endormie, de ses milliers de serpents-éclairs dans le trèfle. Et le trèfle grandit sous l’électricité.

Tout ça dans les rues de Montréal, un orage en plein hiver.