Page:Gounod - Son opinion sur Henry VIII de Camille Saint-Saëns, 1883.djvu/14

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Henri VIII, un caractère imposant. M. Dereims s’est fait remarquer, dans le rôle de Don Gomez, par ses qualités de charme et d’élégance. L’orchestre sous la conduite de M. Altès, a été admirable, ainsi que les chœurs si soigneusement instruits et dirigés par M. Jules Cohen.

M. Vaucorbeil a bien aussi sa belle part dans cette affaire. Il a cru en M. Saint-Saëns et, dès son avènement à la direction de l’Opéra, il exprimait son désir de lui ouvrir les portes de notre première scène lyrique. Il a déployé, comme toujours, sa sollicitude intelligente et dévouée de directeur artiste au service de ce noble et sérieux ouvrage, auquel un autre véritable artiste, M. Régnier, a consacré toute l’expérience scénique de sa longue et brillante carrière de comédien, et M. Mayer le précieux appui d’un tact délicat et d’une conscience toujours sur la brèche.

Je dois aussi une mention spéciale à M. Delahaye, qui a rempli, avec autant de zèle que de talent, la longue et lourde tâche de l’étude des rôles.

Le ballet est supérieurement réglé par M. Mérante, et Mlle Subra s’y est fait remarquer par sa grâce, sa souplesse et sa légèreté.

La mise en scène est superbe, et les costumes, dessinés par M. Lacoste, sont d’une grande vérité historique.

Les décors sont de toute beauté : MM. Rubé, Garpezat, Chaperon Lavastre jeune, de vrais peintres, s’y sont surpassés.

Voilà donc, mon cher Saint-Saëns, ton nom désormais attaché à l’une des œuvres qui auront le plus honoré l’art français et notre Académie nationale de musique. Pour ceux qui t’ont connu enfant (et je suis un de ceux-là), ta destinée était certaine ; tu n’as pas eu d’enfance musicale. Infatigablement couvé par ton intelligente et généreuse mère, tu as eu, tout de suite, pour nourriciers les maîtres du grand art ; ils t’ont fait robuste et ferme dans ta voie. Depuis longtemps déjà, la renommée avait devancé pour toi cette popularité dont le théâtre semble avoir le privilège exclusif ; il ne manquait plus à ton autorité que la consécration d’un éclatant succès dramatique ; tu la tiens aujourd’hui.

Va donc maintenant, cher grand musicien ; ta cause est victorieuse sur toute la ligne. Parce que tu as été fidèle à ton art, l’avenir sera fidèle à ton œuvre. Dieu t’a donné la lumière et la main d’un maître : qu’il te les conserve longtemps, pour toi comme pour nous tous.


Ch. GOUNOD.

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