Page:Gourmont - Sixtine, 1923.djvu/73

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des péchés, le plus sacrilège et le plus inutile. Que vaut un plaisir de chair non partagé ? Non, ces sortes d’actes sont vraiment trop solitaires. Je ne suis pas l’impur passant du poète, je ne me complais à de ridicules, incomplètes et fades profanations ; je ne suis pas non plus un Jean-Jacques : le Très-Haut ne m’a pas favorisé d’un don funeste à mes contemporaines.

— « Croyez-vous que cela leur serait si désagréable, ces stupres, comme vous dites, ces stupres imaginatifs ? Quand on veut plaire, on veut plaire jusqu’au bout.

— « Il y a des perversités de femme, reprit Entragues, assez peureuses pour se contenter de la métaphysique du plaisir ; mais je vois au delà : de parallèles rêves s’évertuant, au même moment, vers le même but ; résultat : la possession mutuelle à distance. Quel triomphe pour l’amour ! quelle ressource pour les amants séparés !

— « C’est bien à vous, vraiment de parler de notre perversité, vous en êtes doué d’une assez perverse, vous, d’imagination. »

Elle haletait un peu, s’éventait, oh ! sans peur, le sexe faible, la tête ferme.

Il y eut un court silence.

Cet original costume qui avait brisé chez Entragues le fil des sensations, maintenant lui plaisait. Il savait gré à Sixtine de ne pas lui être apparue dans une robe d’intérieur à la dernière mode, ce qui, sans arrêt possible, eût dévié la causerie vers la damnable sottise d’un bavardage parisien ou d’un dialogue de comédie