Page:Gozlan - Les vendanges, 1853.djvu/84

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feuillets de ma brochure aux électeurs de l’arrondissement.


IV.

On s’agitait beaucoup dans le magasin et autour du magasin de M. Richomme. Attroupés devant leurs portes, les commis des magasins environnants avaient quitté le comptoir, l’aune et la plume, pour être témoins de deux événements qui exerçaient leurs langues matinales comme ne l’eût pas fait un orage d’automne qui eût enlevé les tours Notre-Dame pour les déposer dans la plaine des Sablons. L’un de ces deux événements était le départ de M. Richomme pour sa terre des Petits-Déserts, l’autre l’enlèvement de la vieille enseigne du Balai d’or.

M. Richomme courait comme un cerf du magasin au premier étage, d’où il descendait des paquets, des porte-manteaux, des paniers et des sacs de nuit, et du magasin encore à la grande voiture de déménagements stationnée le long du trottoir. En suspens entre deux idées, il demeurait quelquefois, cinq minutes à la même place, tenant un carton à chapeau d’une main et une cage de l’autre. Puis il reprenait son activité brouillonne, sans remarquer que ses vieux voisins, marchands de nouveautés, quincailliers et droguistes, riaient entre eux de son costume inusité. Sa grosse tête de dogue, mais de dogue honnête, se voyait à peine sous un chapeau d’une dimension outrée, comme en portent les Brésiliens dans les pampas de l’Uruguay. C’était un feutre sans proportion avec le soleil de Paris. Il y entrait au moins la toison de dix castors. Aussi paraissait-il