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A
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LA GRANDE ENCYCLOPÉDIE



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A



A (Ling.). Son vocal et première lettre de notre alphabet. Dans notre alphabet, comme dans tous les alphabets d’origine sémitique, partout où l’alphabet phénicien s’est propagé dans l’ancien monde, cette lettre a conservé sa place primitive en tête, alors même que, comme en sanscrit et en arabe, des considérations d’analogies phonétiques ou des raisons de ressemblances extérieures avaient fait prévaloir une ordonnance nouvelle des autres caractères adoptés. L’éthiopien seul fait exception à cette règle générale, son alef n’occupe que la treizième place.

1. LE son A. - Mode d’articulation. Le son fondamental est produit, comme pour. toutes les voyelles, par les cordes vocales que l’air chassé du poumon fait entrer en vibration ; de même que pour toute voyelle non nasalisée, la communication avec les fosses nasales est fermée. Le caractère spécifique de l’a résulte de la disposition particulière de la caisse de résonance formée par la cavité du pharynx et de la bourbe. Celle-ci est largement ouverte, la langue reste abaissée, les lèvres s’écartent, le canal ne se trouve donc rétréci en aucun point. Le larynx, d’après Brücke, s’élève légèrement, et d’une manière beaucoup moins sensible que pour l’i. - Si l’on classe les sous de la parole d’après le degré de rétrécissement buccal nécessaire pour leur émission, a se placera à une extrémité de l’échelle comme représentant la plus grande ouverture ; les consonnes occlusives telles que b, d, g, seront à l’autre, comme demandant une fermeture hermétique. - La question fort controversée de savoir cè qui constitue acoustiquement le timbre a et le timbre des différentes voyelles en général ne peut trouver place qu’à l’article Voyelle. Il est impossible de fixer le nombre des variétés possibles de l’a. En français, l’a de flamme n’est pas celui de hdte. Indépendamment de la variation de qualité, on doit distinguer les différences de quantité (durée). L’a de hâte est long ; l’a de chat est bref. - La voyelle nasalisée qui correspond à l’a est celle que nous marquons, suivant l’étymologie, par an, am, en ou em, dans chanter, lampe, temps, etc., et dont la notation phonétique est â. L’articulation est la même que pour a, si ce n’est que le voilé du palais, en s’abaissant, laisse l’air expiré s’échapper par le nez en même temps que par les lèvres.

Le son a vient d’être envisagé au point de vue phonétique proprement dit. Il resterait à considérer, au point de vue linguistique et grammatical, le son a dans les différentes langues. On remarquera, toutefois, combien il est artificiel de grouper sous une même rubrique ces sujets essentiellement distincts, a français, a allemand, a

GRANDE ENCïCLOPÈDIE.

latin, etc., cela au nom d’une simple coïncidence de son qui n’implique pas de connexion réelle, même dans le cas d’une étroite parenté des idiomes. On ne peut attendre sur un thème pareil qu’un assemblage de faits disparates, dont la véritable place serait dans les phonétiques respectives des différentes langues. En présence du nombre presque illimité des idiomes connus, on a dû se borner d’ailleurs aux principaux représentants de la famille indo-européenne. - Pour toutes les langues restées voisines du type primitif, le sujet se dédouble en d bref et a long, car à cette différence de durée correspondent des valeurs étymologiques et grammaticales aussi nettement séparées que s’il s’agissait de deux voyelles de timbre différent.

L’â bref latin est en général une voyelle primitive, comme dans pater, âger. Sauf de rares exceptions (Italia, alacer, calâmitas), cette voyelle ne se rencontre que dans la première et la dernière syllabe des mots, étant changée dans toutes les syllabes intérieures en i, u ou e, selon la nature et le nombre des consonnes subséquentes : e f ficio, effectus pour effacio, eiactus, occupo pour occapo, machina pour le grec (dorien) µ« ;(«v â, etc. (L. Havet, De Saturnio Latinorum versu, p. 27). - L’a long de la même langue (ainsi mater, suivis) est également une voyelle ancienne. Il permute avec a bref dans sté-men : sta-tio, ségio : sagax, etc., et cette permutation est de date indo-européenne. Le latin, toutefois, possède aussi des d récents provenant d’allongement compensatif, ex. : sedia pour scansla.

L’a grec est souvent l’équivalent de l’a latin, comme dans πατήρ άγρόζ. Un α d’une autre nature est celui qui, dans le voisinage des liquides, permute avec ε ou ο (δαρτόζ, « écorché » en regard de δίρω, δορά ; part. pass. ἓπαλμαι en regard de στέλλω, στολή, de même que celui qui tient lieu d’une nasale comme dans la 3e pers. pl. τιτάχαται pour τιτάχηται, ou l’accus. πόδα pour πόδη. (V. le résumé des vues nouvelles sur ce sujet dans Gust. Meyer, Griechische Grammatik, chap. 1). L’ἆ long des Hellènes n’apparaît clairement que dans les dialectes éolien et dorien ; le groupe ionien ne distingue plus ἆ de η (éol., der. θήσω, στήσω, ψευδήζ, γνωμά ; (ion. Θήσω, στήσω, ψιυδήζ, γνώμη). Le dialecte attique met certains tempéraments à la loi générale ionienne ; il dit encore νἆὖζ άληθειᾆ χώρᾆ. (ion. νηὖζ άληθειη χώρη).

L’a en vieux germanique représente à la fois l’a et l’.o du grec et du latin. Ainsi le latin pater et le latin hostis, l’un par a, l’autre par o, ont tous deux a dans le vieux haut allemand Taler, gast. L’a long, dans les dialectes

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