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SPARTE

ponèse un rôle très important. Ses armées envahirent plusieurs fois l’Attique, tandis que les flottes athéniennes venaient ravager les côtes du Péloponèse, en particulier les eûtes de la Laconie et de ta Messénie. Près de l’Attique, les Spartiates furent vainqueurs à Platées (427) et à Dèlion (424). En revanche, les vaisseaux d’Athènes incendièrent l’arsenal de Gytheion, situé sur le rivage du golfe Laconique, et le général athénien Démosthène fit prisonnière la garnison Spartiate qui occupait l’îlot de Sphactérie, près de Pylos en Messénie (425). A la fin de la première partie de la guerre, les hostilités furent transportées dans la Chalcidique par le général Spartiate Brasidas, qui voulait détruire la plupart des colonies athéniennes de cette région et s’emparer des mines d’or du mont Pangée. Brasidas enleva Amphipolis ; mais il fut tué sous les murs de la ville, dans une bataille que les Athéniens livrèrent pour la reprendre (422). L’année suivante, les deux cités épuisées signèrent la paix de Nicias par laquelle elles se rendaient mutuellement toutes leurs conquêtes. La guerre avait duré dix ans sans résultat. Elle recommença quelques années plus tard. Athènes, soumise à l’influence d’Alcibiade, avait entrepris l’expédition de Sicile. Sparte résolut de mettre à profit les embarras que cette expédition lointaine causait à sa rivale. Elle y fut encouragée par Alcibiade lui-même, qui s’était enfui de Sicile pour ne pas comparaître comme accusé dans le procès de la mutilation des Hermès (V. Alcibiade) et qui n’hésitait pas à trahir sa patrie. Sparte envoya des secours aux Syracusains assiégés par les Athéniens ; l’armée et la flotte d’Athènes subirent en Sicile un épouvantable désastre. Puis des troupes Spartiates envahirent l’Attique ; elles s’emparèrent du bourg fortifié de Décélie, situéau N . d’Athènes, et y tinrent garnison en permanence. D’autre part, sous l’influence d’un général et diplomate très habile, Lysandre, Sparte augmentait ses flottes et se créait une marine considérable. La lutte se continua dans toute la mer Egée. Athènes fut abandonnée par le plus grand nombre des cités de son empire maritime. Pour l’écraser plus sûrement, Lysandre, mis à la tète de toutes les forces militaires et navales de l’Etat Spartiate, signa avec les Perses un traité d’alliance. Les Athéniens résistèrent d’abord avec succès ; les Spartiates subirent plusieurs échecs à Abydos, à Lesbos, à Cyzique ; ils furent même vaincus à la bataille navale des Arginuses (406). Mais Lysandre remporta la victoire décisive d’jïgos-Potamos : ce fut un désastre sans précédent pour la flotte athénienne. Tous les navires furent pris ou coulés ; la plupart des soldats furent tués ou emmenés en captivité. Athènes n’avait plus ni vaisseaux, ni armées. Lysandre alla aussitôt mettre le siège devant Athènes. Athènes fut prise en 404. Ses fortifications furent démolies ; Sparte exigea de sa rivale vaincue qu’elle livrât tous ses vaisseaux de guerre, sauf douze ; elle lui imposa une alliance offensive et défensive. L’empire d’Athènes fut détruit ; l’Etat athénien, réduit à l’Attique, dut entrer dans la ligue du Péloponèse, que dirigeait Sparte. Sparte victorieuse redevenait, comme avant les guerres médiques, la cité la plus puissante de la Grèce.

4° L’Iiégémonie Spartiate. La chute d’Athènes, dont la domination était devenue oppressive, fut saluée dans toute la Grèce par des cris de joie ; mais bientôt l’hégémonie Spartiate pesa plus lourdement encore que la prépondérance athénienne sur le monde hellénique. Dirigée surtout par Lysandre, la politique Spartiate se montra avide, jalouse, tracassière, sans grandeur ni désintéressement. Un tribut de 1.000 talents (plus de 5 millions et demi de fr.) fut imposé à la Grèce. Dans chaque cité, le gouvernement intérieur fut soumis à la surveillance de Sparte. Sparte renversa la démocratie partout où elle se trouvait établie, et donna le pouvoir au parti oligarchique. Non contente d’assurer ainsi la victoire des nobles et des riches, elle envoya dans plusieurs cités des garnisons et des agents politiques nommés harmostes ; par exemple une troupe Spartiate fut installée dans Athènes, sous le commandement de l’harmoste Callihios, pour soutenir le gouvernement des Trente tyrans. Cette politique de Sparte eut pour résultat de soulever bientôt contre elle non seulement ses anciens ennemis, mais même ses alliés de la veille, comme Thèbes et Corinthe. Beaucoup de villes grecques n’attendaient qu’une occasion pour secouer la domination de Sparte. Cette occasion leur fut fournie en 396-395 par les événements d’Asie Mineure. En effet Sparte se trouvait alors en guerre avec le grand roi Artaxerxés : Artaxerxès avait attaqué les villes grecques d’Asie parce que les Grecs avaient prêté secours à son jeune frère Cyrus révolté contre lui, et qui avait été tué à la bataille de Cunaxa (401). Les Grecs d’Asie, incapables de se défendre seuls contre les forces d’Artaxerxès, avaient invoqué l’appui de Sparte. Sparte avait envoyé en Asie Mineure, plusieurs généraux, Thymbron, Dercyllidas, puis Agésilas. Ce dernier poussa la guerre contre les Perses avec rapidité et vigueur. Il attaqua les deux satrapes Tissapherne et Pharnabaze ; il pilla leurs provinces et s’empara d’un immense butin. Il songeait peut-être à envahir l’empire perse, lorsqu’il fut rappelé en Grèce pour défendre Sparte. A ce moment une coalition s’était formée entre Thèbes, Corinthe, Argos et Athènes pour secouer le joug Spartiate. Lysandre avait été vaincu et tué à la bataille d’Haliarte. L’isthme de Corinthe était menacé. Sparte fut sauvée par Agésilas, qui accourut d’Asie en toute hâte, remporta la victoire de Coronée (394) et sut fermer aux ennemis de Sparte l’accès du Péloponèse. Sur mer, Sparte éprouva un grave échec : sa flotte fut complètement vaincue à la bataille de Cnide. Athènes se relevait ; elle recouvrait une puissance maritime considérable ; la plupart des villes grecques s’étaient alliées avec les Perses. L’hégémonie Spartiate était gravement menacée. Pour la sauver, Sparte, à l’exemple de ses rivaux, rechercha l’alliance du grand roi. Elle lui démontra que la restauration de la puissance athénienne était pour l’empire perse le plus grave danger ; elle mit à profit les imprudences d’Athènes, qui au même moment soutenait contre Artaxerxès le roi de Chypre, Evagoras. Ces insinuations l’emportèrent ; en 387, l’ambassadeur Spartiate Antalcidas signait avec le grand roi un traité par lequel les villes grecques d’Asie retombaient sous le joug des Perses, les autres cités helléniques devaient rester indépendantes, c.-à-d. ne point subir l’hégémonie d’Athènes ; le grand roi promettait de faire la guerre sans merci à toute ville grecque qui refuserait de se soumettre aux clauses de ce traité. Ce traité honteux, qui donnait aux Perses leur revanche des guerres médiques et qui perpétuait en Grèce l’état de division, est une tache dans l’histoire de Sparte. Sans doute il raffermit pour quelques années la domination lacédémonienne en Grèce ; mais en donnant aux Spartiates plus de force, il augmenta encore leur orgueil ; leur hégémonie devint plus lourde et plus oppressive qu’auparavant. Des violences injustifiées furent commises par les Spartiates contre les villes de Mantinée en Arcadie, de Phliunte en Achaie, d’Olynthe en Chalcidique. Enfin Sparte s’empara en pleine paix de la citadelle de Thèbes, la Cadmée, et y mit une garnison commandée par l’harmoste Phébidas. Cette trahison fut le signal de sa chute. Moins de trois ans après que la Cadmée avait été ainsi surprise au mépris de tout droit, les Thébains, sous la direction de Pélopidas et d’Epaminondas, surprirent à leur tour la garnison Spartiate, redevinrent les maîtres de la Cadmée et secouèrent le joug de Sparte (379). Sparte déclara la guerre à Thèbes ; mais elle fut vaincue à Tégyre, et perdit sa prépondérance dans la Grèce centrale (375).

5° Décadence île Sparte. Dès lors la décadence de Sparte commença. En vain, Agésilas essaya de tenir tète aux Thébains. Vaincu à Leuctres en 371, il ne put empêcher Epaminondas d’envahir le Péloponèse. L’Argolide, l’Arcadie, la Messénie se révoltèrent. Non seulement Epami-