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LE CHOC SAUVEUR
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voyantes, la candidature de Jules de Lantagnac dans le comté de Russell. L’entrée en politique du grand avocat créait, cela va de soi, une vive commotion. On ne manquait pas de rattacher cette candidature indépendante à la démission du sénateur Landry ; on y apercevait le dessein de la minorité ontarienne de fortifier son état-major, de frapper peut-être quelque grand coup ; et les commentaires allaient leur train.

Nulle part la stupeur ne fut aussi vive que dans la famille Fletcher. Le père de Maud, comptable-adjoint au ministère des finances, vieux fonctionnaire de carrière, successeur lui-même de son père au même poste, n’en put croire ses yeux, l’après-midi, en ouvrant The Journal. De Lantagnac, son gendre, candidat indépendant, et dans le comté français de Russell ! Pour le coup le brave vieillard se sentit défaillir sur son rond-de-cuir presque centenaire. Ce de Lantagnac, au fond il l’estimait. Pour le vieux Davis Fletcher, c’était presque un grand homme que son gendre. Doué de talent, de fortune, si franchement rallié à la « race supérieure », le mari de Maud pourrait devenir sénateur, peut-être ministre… ! Il n’aurait qu’à choisir. Mais alors quelles grasses sinécures pour les petits fonctionnaires en herbe de la descendance Fletcher ! Et quel beau jour, dans la vie du père Davis, si, dans son vénérable fauteuil de comptable, venait s’asseoir, pour y perpétuer la dynastie familiale, quelqu’un de ses petits-fils ! Rêve vénérable et doux dont le vieil-