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L’APPEL DE LA RACE

heureuse. D’où venait donc ce vent de malheur qui ne cessait plus de souffler et qui, après Vingt-trois ans, flétrissait le charme inaltéré de sa vie, comme le vent glacé d’automne décolore, en une nuit, la feuille encore verte ? Mais maintenant, après les colères, les objurgations de son père, et, sous l’action de ses propres chagrins trop longtemps nourris, elle sent qu’une âpre passion raidit sa volonté, exalte ses sentiments. Et cette passion, elle ne se méprend pas : c’est bien, par un mouvement de représailles naturel, l’esprit de race qui la ressaisit, qui la dresse en arrêt, pour la défense de ses enfants.

Ce même soir où le vieux Davis avait parlé à Maud, lorsque Virginia et Nellie furent entrées en leurs chambres, Lantagnac s’apprêtait à entamer son explication. Mais Maud l’avait devancé. Il la vit, The Journal à la main, approcher son fauteuil tout près du sien. Elle était pâle, avait les lèvres contractées.

— Jules, commença-t-elle, d’une voix qui chevrotait un peu, est-elle bien authentique et bien définitive cette nouvelle ?

Et elle étala devant lui The Journal.

— Oui, dit-il, s’efforçant d’être calme. J’ai donné ma réponse hier soir ; et je pars demain pour mon comté.

— Mon ami, reprit Maud encore plus attristée, n’aurais-je pu m’attendre d’être consultée sur une si grave affaire ?