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LE CHOC SAUVEUR

— Comme vous respectez le mien, dites-vous ? Comment puis-je croire à ce respect, quand vous avez décidé que mes enfants seraient français ?

Et Maud se croisa les bras, dans l’attente de la réponse, sachant bien qu’elle venait de jeter à son mari le mot décisif, celui qui résumait entre eux toute la situation. Et comme Lantagnac continuait de la regarder, sa figure reflétant malgré lui, une indicible souffrance, elle continua :

— Pendant vingt ans, vous vous êtes reposé sur moi, sur moi seule de l’éducation de ces enfants. Dites, ai-je manqué à mon devoir, pour que tout à coup vous veniez me les prendre ?

— Vous les prendre ! s’écria-t-il. Est-ce donc vous les prendre que de me réserver en eux la part qui me revient ? Encore une fois, Maud, ma bonne amie, je vous en conjure, laissons-là ce ton qui est trop nouveau pour nous. Vous savez bien que je n’ai pas commis la chose grave que vous me reprochez. Vous êtes toujours la mère bien-aimée de mes enfants. Mais enfin ces enfants sont, par leur père, de descendance française ? Maud, je ne vous le cacherai point : je veux qu’aucun de mes fils, aucune de mes filles ne me reproche plus tard le crime le plus grand qu’un père puisse commettre contre ses enfants, après le vol de leur foi : celui de les dénationaliser.

Madame de Lantagnac parut un peu déconcertée par le ton de fermeté qui apparaissait dans