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LE CHOC SAUVEUR

y est allé de son propre mouvement. Nellie veut en rester à son éducation anglaise ; est-elle moins mon enfant et l’en ai-je moins aimée ? Virginia enfin se conforme librement, elle aussi, à mes désirs ; elle sera la plus française de la famille. Eh bien, moi qui connais son cœur, je lui rends ce témoignage : elle n’aime pas sa mère, sa sœur, ses frères plus que les autres, peut-être, mais personne ne les aime plus qu’elle ne le fait. Non, Maud, on ne se diminue pas en redevenant soi-même, en reconstruisant en soi sa vieille âme naturelle, héréditaire. Ce que j’ai fait, j’avais espéré le pouvoir faire sans vous causer un seul chagrin.

À ce mot Madame de Lantagnac fut debout. Elle crut tenir l’arme victorieuse.

— Si vous êtes sincère, Jules, dit-elle, vous ne voudrez pas me causer un autre chagrin. Dites-moi que vous renoncez à cette candidature ?

Et elle resta là, le journal à la main, la figure haletante, prête à toute violence, si de la bouche de son mari sortait un refus. Lantagnac la regarda un instant, dans cette attitude qui l’effraya. Il passa la main sur son front, pour faire un appel suprême aux mots, à la phrase qui sauverait tout. Et c’est d’une voix étreinte qu’il répondit :

— Maud, m’aimeriez-vous encore si je me déshonorais ?

Cette réplique ne désarma point la malheureuse.

— Ainsi, accentua-t-elle, vous refusez ?